La stagflation représente un scénario économique aussi redouté que complexe. Chacune de ses caractéristiques constitue déjà, à elle seule, un défi majeur, alors que dire de leur combinaison : une croissance atone, un chômage élevé ou persistant et une inflation durablement soutenue.
Théorisée pour la première fois lors du choc pétrolier des années 1970, elle vient briser la règle habituelle, selon laquelle inflation et chômage évoluent généralement en sens opposé.
Le contexte tunisien
Dans le contexte tunisien, la situation présente des symptômes évidents de stagflation, bien que nuancée. Le PIB peine depuis plusieurs années à retrouver des taux de croissance dynamiques, largement en deçà du potentiel nécessaire pour absorber le chômage des jeunes et des diplômés.
L’inflation persiste, alimentée par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, la hausse des prix des matières premières et de l’énergie, ainsi que par les déséquilibres budgétaires intérieurs.
Le taux de chômage demeure structurellement élevé, touchant particulièrement les jeunes et les diplômés de l’enseignement supérieur, tandis que le secteur informel s’élargit.
Cependant, il ne s’agit pas d’une stagflation pure au sens d’un choc monétaire externe incontrôlable. Elle est en grande partie le reflet de déséquilibres structurels profonds, avec des rigidités réglementaires, le poids de la dette publique, les contraintes de liquidité de l’État et les goulets d’étranglement logistiques et productifs.
En Tunisie, la stagflation est en grande partie le reflet de déséquilibres structurels profonds, avec des rigidités réglementaires, le poids de la dette publique, les contraintes de liquidité et les goulets d’étranglement logistiques et productifs.
S’inspirer de l’Espagne
Plusieurs pays ont par le passé traversé des épisodes de stagflation ou de crises de stagflation larvée, et leurs trajectoires de sortie offrent des enseignements précieux pour la Tunisie. L’Espagne a connu des périodes de forte inflation et de chômage endémique au début des années 1990, aggravées par un manque de compétitivité extérieure. Aujourd’hui, le pays a pu totalement inverser la tendance.
La formule mise en place est simple. Plutôt qu’un repli protectionniste, il a misé sur l’intégration européenne et l’ouverture économique. Cela s’est traduit par des pactes sociaux tripartites (État, syndicats, patronat) pour modérer les salaires en échange de réformes structurelles, une rigueur budgétaire stricte pour répondre aux critères de convergence et des investissements massifs dans les infrastructures pour stimuler la productivité.
L’Espagne a connu des périodes de forte inflation et de chômage endémique au début des années 1990, aggravées par un manque de compétitivité extérieure. Aujourd’hui le pays a pu totalement inverser la tendance. La formule mise en place est simple. Plutôt qu’un repli protectionniste, il a misé sur l’intégration européenne et l’ouverture économique.
Une transformation profonde du tissu productif, une baisse structurelle de l’inflation et une intégration réussie dans les chaînes de valeur mondiales ont permis une forte création d’emplois par la suite.
Un double impératif de stabilisation et de réformes
Mais la Tunisie ne peut pas compter sur les fonds européens. Pour s’extraire durablement de cette dynamique négative, le pays doit agir sur deux fronts complémentaires : la stabilisation macroéconomique à court terme et la libéralisation de l’appareil productif à moyen terme.
La lutte contre l’inflation ne doit pas reposer uniquement sur une contraction monétaire aveugle qui pèserait sur l’investissement privé. Elle nécessite un assainissement progressif des finances publiques, une réduction du recours excessif au financement monétaire et une rationalisation des subventions. Il est impératif aujourd’hui d’envisager sérieusement un remplacement progressif des subventions généralisées par des aides directes ciblées aux populations vulnérables.
Il est vrai que la situation actuelle ne le permet pas, mais dès la normalisation des prix à l’échelle internationale, une telle manœuvre permettrait de libérer des marges budgétaires cruciales pour l’investissement public dans les infrastructures et la transition énergétique. Cet argent dégagé pourrait même servir dans la restructuration des entreprises publiques déficitaires.
Il est impératif aujourd’hui d’envisager sérieusement un remplacement progressif des subventions généralisées par des aides directes ciblées aux populations vulnérables.
Il ne faut surtout pas oublier que la stagflation est une crise de l’offre, la réponse doit consister, par conséquent, à augmenter la capacité de production du pays. Cela suppose de poursuivre les efforts d’amélioration du climat des affaires, en simplifiant les procédures administratives, en allégeant la fiscalité sur l’investissement productif et en levant les autorisations et monopoles injustifiées qui entravent l’initiative privée et encouragent l’informalité.