Le verdict tombe une nouvelle fois, sans surprise ni sursaut : la Tunisie figure parmi les marchés immobiliers les moins transparents de la planète. Dans le Global Real Estate Transparency Index 2026, publié par Jones Lang LaSalle, le pays se classe 74e sur 88 pays et territoires évalués, avec un score de 4,31 sur 5. Un chiffre qui le range sans détour dans la catégorie la plus infamante de l’étude, celle des marchés « Opaques ».
Concrètement, cela veut dire qu’un investisseur qui cherche à comprendre le marché tunisien (prix, loyers, transactions, cadre réglementaire) se heurte à un mur d’informations manquantes, périmées ou tout simplement introuvables. Le plus désolant dans tout cela, c’est que nous n’apprenons rien de neuf sous le soleil tunisien. Car, année après année, le pays campe dans les profondeurs du classement pendant que ses voisins avancent.
Ce classement fait mal… Ainsi, à l’échelle du continent, la comparaison est cruelle. L’Afrique du Sud caracole en tête. C’est l’unique pays africain classé « Transparent », à la 29e place mondiale avec un score de 2,31. Le Kenya, Maurice et même le Maroc affichent un niveau « Semi-Transparent ». A contrario, la Tunisie, elle, se retrouve reléguée au 11e rang sur 19 marchés africains couverts, donc loin derrière des économies qui n’ont pourtant pas toujours la réputation d’être des modèles de gouvernance.
Pire : la Tunisie partage la case « Opaque » avec des pays comme l’Algérie, l’Éthiopie, l’Angola ou le Mozambique, c’est-à-dire des marchés qui ferment littéralement le classement mondial. Une comparaison qui interroge toutefois, pour un pays qui se targue régulièrement d’attirer investisseurs étrangers et touristes fortunés.
Le vrai problème : des fondamentaux aux abonnés absents
Le détail des sous-indicateurs achève de dresser un constat sévère. C’est sur les « Market Fundamentals », autrement dit « loyers, taux d’occupation, valeurs immobilières, évolution de l’offre et de la demande, etc.) que la Tunisie touche le fond, avec une 80e place mondiale. Autrement dit : même les données les plus basiques, celles qu’un acheteur ou un promoteur devrait pouvoir consulter en quelques clics ailleurs, restent quasiment invisibles ici.
Le pays ne s’en sort pas beaucoup mieux sur le cadre réglementaire (71e place) ni sur le suivi des performances d’investissement (79e rang mondial). Seule lueur – oui y a en une, même si elle est relative -, c’est la durabilité, où la Tunisie décroche son meilleur classement avec une 55e place mondiale. Un satisfecit maigre, donc, au regard du reste du tableau.
Le Royaume-Uni trône en tête du classement mondial avec un score de 1,24, suivi de la France, de l’Australie, des États-Unis et des Pays-Bas. Ce sont des marchés où la donnée est reine et où l’investisseur n’a pas à deviner ce qu’il achète. En Tunisie, c’est l’inverse : l’absence de données fiables et actualisées n’est pas un simple détail technique, c’est un frein structurel à l’attractivité du secteur, qui entretient une opacité dont certains acteurs, en interne, ont sans doute tout intérêt à préserver le flou.
Tant que l’accès à l’information immobilière restera un parcours du combattant, la Tunisie continuera de faire de la figuration en bas de classement, pendant que les autres pays africains, eux, avancent.
Voici les 19 marchés immobiliers africains considérés comme les plus transparents en 2026 :
- Afrique du Sud (29e rang mondial)
- Kenya (52e)
- Maurice (56e)
- Maroc (59e)
- Egypte (61e)
- Botswana (62e)
- Nigeria (64e)
- Zambie (65e)
- Ghana (71e)
- Rwanda (72e)
- Tunisie (74e)
- Tanzanie (75e)
- Côte d’Ivoire (76e)
- Algérie (77e)
- Ouganda (78e)
- Sénégal (79e)
- Angola (82e)
- Mozambique (85e)
- Ethiopie (88e).