La manière dont les gains économiques générés par l’intelligence artificielle (IA) seront répartis entre entreprises, travailleurs et détenteurs de capitaux pourrait avoir des conséquences importantes sur la demande et l’inflation. C’est ce qu’estime Fabio Panetta, membre du directoire de la Banque centrale européenne et gouverneur de la Banque d’Italie.
Les banques centrales devront suivre de près la manière dont les gains générés par l’intelligence artificielle sont répartis dans l’économie. Car leur distribution pourrait influencer directement la demande globale et l’évolution de l’inflation. Ainsi s’exprimait, lundi 21 septembre, Fabio Panetta, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE).
En effet, le responsable italien estime que l’intelligence artificielle est appelée à transformer profondément la productivité, la croissance économique, le marché du travail, les marchés financiers ainsi que les systèmes de paiement. Ces transformations pourraient modifier les mécanismes traditionnels suivis par les banques centrales pour évaluer les pressions inflationnistes.
Le partage des gains au cœur de l’équation
L’un des principaux enjeux réside dans la répartition des bénéfices issus des gains de productivité liés à l’IA. Si les nouvelles technologies créent principalement de nouvelles tâches et activités et renforcent les perspectives de revenus du travail, la demande pourrait augmenter avant que les gains de productivité ne se matérialisent pleinement dans l’économie.
Dans ce scénario, l’augmentation de la consommation et des revenus pourrait contribuer à prolonger les pressions inflationnistes, même si l’IA améliore parallèlement l’efficacité de la production. À l’inverse, si l’automatisation domine et entraîne une diminution de la consommation, les effets désinflationnistes de l’intelligence artificielle pourraient apparaître plus rapidement, selon M. Panetta.
Un changement structurel pour l’économie
Pour le responsable de la BCE, l’IA ne constitue donc pas uniquement une question technologique. Son développement pourrait modifier simultanément la structure de la production, les revenus, l’emploi et les comportements de consommation.
Cette évolution complique également la tâche des banques centrales, qui devront déterminer dans quelle mesure les gains de productivité liés à l’IA compensent ou non les éventuelles tensions sur la demande. « Les banques centrales ne peuvent pas rester en marge » souligne encore M. Panetta. Tout en estimant qu’une meilleure compréhension des transformations en cours devient indispensable pour préserver leur crédibilité.
La crédibilité des banques centrales en jeu
Par ailleurs, Fabio Panetta insiste également sur le rôle de la crédibilité dans la conduite de la politique monétaire. Il précise que la capacité d’une banque centrale à conserver cette crédibilité dépend de sa compréhension de la nature des nouveaux défis économiques auxquels elle est confrontée.
Le responsable italien s’exprimait lors d’un événement organisé par la Banque nationale d’Ukraine. Ses propos interviennent alors que les grandes banques centrales cherchent encore à déterminer comment les mutations technologiques, notamment l’essor de l’intelligence artificielle, modifieront durablement la croissance, l’emploi et l’inflation.
L’enjeu pour la politique monétaire sera ainsi de distinguer les effets de l’IA sur l’offre, qui peuvent contribuer à réduire les coûts et les prix, de ses effets sur les revenus et la demande, susceptibles au contraire d’entretenir les tensions inflationnistes.