La récurrence de la programmation de vedettes de la variété, notamment du monde arabe et des scènes où l’on voit un public danser et chanter en lieu et place de l’artiste, pousse certains, comme notre confrère Mokhtar Rassaa, à s’interroger sur les festivals d’été. Ou du moins sur certains d’entre eux.
Si ce n’est pas un rappel à l’ordre, cela semble lui ressembler beaucoup. Dans une récente intervention sur les ondes de la radio Mosaïque Fm, notre confrère Mokhtar Rassaa, ancien directeur du Festival International de Carthage et du Festival de la Médina de Tunis, a adressé une franche critique aux festivals d’été, notamment à ceux de Carthage et d’Hammamet. En soulignant qu’ils ont quelque part dévié de leur mission. Avec la récurrence de la programmation d’artistes qui viennent « pour la énième fois » et des spectacles au cours desquels c’est « le public qui chante et danse en lieu et place de l’artiste sur scène ».
Et l’invité d’observer que les festivals d’été sont sensés « encourager la création culturelle ». Les festivals d’été, c’est 70 % de divertissement et 30 % de culture », a-t-il affirmé. Une manière d’indiquer que cet équilibre est rompu. Autrement dit, c’est le divertissement qui domine les débats.
Parents pauvres de l’un ou l’autre des deux festivals, si l’on observe la programmation des dernières années, le théâtre et le cinéma. Et aussi les troupes d’art populaires qui constituaient à Carthage un rendez-vous régulier et pendant une dizaine de jours.
Le festival d’Hammamet, conçu pour être un « festival d’art et d’essai », comprenez privilégiant la recherche culturelle et l’expérimentation, marche sur les pas de celui de Carthage et de bien d’autres, pensant, avant tout, à la rentabilité. Il a été conçu ainsi, du moins, par ses pairs, dont Chérif Khaznadar. Le nombre de places, environ 1 000, s’y prêtait du reste totalement. Ce qui n’est plus aujourd’hui le cas offrant les mêmes scènes d’un public venu pour se divertir. Parents pauvres de l’un ou l’autre des deux festivals, si l’on observe la programmation des dernières années, le théâtre et le cinéma. Et aussi les troupes d’art populaires qui constituaient à Carthage un rendez-vous régulier et pendant une dizaine de jours. Avec le défilement de troupes venues de partout. A commencer par celles des anciens pays de l’Est de l’Europe, jadis dits du Bloc soviétique.
Faire mieux vivre nos festivals d’été
Mokhtar Rassaa n’est pas le seul à s’interroger sur l’évolution des festivals d’été qui ne cessent de faire couler de l’encre. Des confrères ont, par exemple, évoqué « des difficultés financières, des faiblesses de programmation et des contraintes logistiques ». Même des universitaires se sont fait inviter dans le débat. C’est le cas de Mohamed Ali Daouas, ancien gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), qui, dans un post de son compte Facebook, s’est demandé « pourquoi tant de soirées orientales au Festival International de Carthage ». En ajoutant que, « à ce point, le pays aurait suffisamment de devises pour se permettre de faire venir des chanteurs – parfois inconnus – afin d’aider à reprendre en chœurs les chansons d’autres artistes ». Ce qui offre, de nouveau, l’occasion d’évoquer à la fois l’aspect financier des festivals d’été et la question de la place accordée aux chanteurs venus du monde arabe et donc du rôle offert aux chanteurs tunisiens autres que ceux qui garantissent évidemment d’attirer la grande foule.
Mohamed Ali Daouas, ancien gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), qui, dans un post de son compte Facebook, s’est demandé « pourquoi tant de soirées orientales au Festival International de Carthage ».
Un vécu qui fait réfléchir tous ceux qui parient sur la culture. Reste que nous n’avons pas toujours entendu les dirigeants des festivals invoquer un ensemble d’arguments pour expliquer leurs choix de programmation. La concurrence qui s’est installée quelquefois entre les festivals pousse-t-elle à adopter une certaine programmation qui caresse le public, pour ainsi dire, dans le sens du poil ? D’autant plus que les spectacles, du moins certains d’entre eux, font courir le public de partout et, donc, pas seulement des agglomérations accueillent un festival ! S’agit-il de faire, somme toute, de l’argent, qui est, ici comme ailleurs, le nerf de la guerre ? Que serait un festival qui ne ferait pas un minimum de recettes ? Quelle image pourrait renvoyer un festival déserté par le public ? Et puis, notre pays compte-t-il des spectacles de recherche culturelle en nombre ?
En tout cas, le débat mérite, sans doute, d’être posé. A moins que l’on sorte la formule bien connue qui dit que « c’est ce que veut le public ». Et que, donc, il n’y a pas lieu de le contredire et de le désavouer.
Mais on pourrait mettre à profit la longue période qui nous sépare de l’été prochain pour peaufiner des hypothèses de travail afin de faire mieux vivre nos festivals d’été !