La hausse des prix de l’énergie devient « assez préoccupante », selon Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE). Au-delà du pétrole, l’institution financière européenne surveille désormais de près le diesel et le gaz, alors que le renchérissement de l’énergie pourrait prolonger les tensions inflationnistes…
La Banque centrale européenne (BCE) s’inquiète de plus en plus de la flambée des prix de l’énergie. Isabel Schnabel, membre du directoire de l’institution, a qualifié lundi 14 septembre d’« assez préoccupantes » les évolutions récentes sur les marchés énergétiques. « Cela ne concerne pas seulement le pétrole, mais aussi le diesel », a-t-elle ajouté, mettant en avant la forte réduction des capacités de raffinage, qui ne peuvent pas être rapidement reconstituées.
Cette évolution complique davantage la tâche de la BCE, qui vient déjà de relever ses taux directeurs de 25 points de base à 2,5 %, dans un contexte de regain des pressions inflationnistes lié notamment au conflit au Moyen-Orient.
L’attention de la BCE se porte désormais particulièrement sur le gaz naturel. Les contrats à terme pour décembre ont dépassé 83 euros par mégawattheure, contre 77 euros dans le scénario défavorable retenu par la banque centrale dans ses dernières projections. Le Brent évolue parallèlement au-dessus de 107 dollars le baril…
La situation est d’autant plus préoccupante que l’inflation dans la zone euro a atteint 3,3 % en août, nettement au-dessus de l’objectif de 2 % de la BCE. A rappeler que l’institution a déjà relevé ses prévisions d’inflation pour 2027, à 2,5 %, contre 2,3 % précédemment.
Vers de nouvelles hausses de taux ?
La remontée persistante des prix de l’énergie ravive ainsi les spéculations sur la poursuite du resserrement monétaire européen.
Plusieurs responsables de la BCE estiment désormais que les taux pourraient devoir entrer en territoire restrictif si le choc énergétique se prolonge. Le gouverneur de la Banque centrale de Lettonie, Martins Kazaks, considère notamment que le taux directeur actuel de 2,5 % ne doit pas être considéré comme un plafond.
L’enjeu pour Francfort est d’éviter que le choc énergétique ne se transforme en inflation durable, notamment par des effets de second tour sur les salaires et les prix des biens et services. La BCE se trouve ainsi confrontée à un dilemme classique : un choc énergétique pèse sur le pouvoir d’achat et l’activité économique, mais son maintien à un niveau élevé risque parallèlement d’alimenter l’inflation et de contraindre la banque centrale à relever davantage ses taux.
Le conflit au Moyen-Orient au cœur du risque
La nouvelle flambée énergétique est directement liée à l’instabilité persistante au Moyen-Orient. Les perturbations affectant les flux pétroliers et gaziers, notamment autour du détroit d’Ormuz, ont fortement accru la prime de risque sur les marchés.
Le Brent vient de dépasser les 107 dollars le baril, tandis que les prix européens du gaz ont presque doublé depuis juillet. Les marchés redoutent désormais qu’une prolongation des perturbations ne provoque un choc énergétique suffisamment durable pour modifier les perspectives d’inflation de la zone euro.