Le commerce mondial des services a explosé ces dix dernières années, porté par la numérisation. Un nouveau rapport de la Cnuced, présenté le 11 septembre à Pékin en marge de la Foire internationale de Chine pour le commerce des services, indique que les exportations mondiales de services ont atteint 9,7 billions de dollars en 2025, en hausse de 8,3 % sur un an et près du double de leur niveau d’il y a dix ans.
Intitulé « Mesurer la servicification et les impacts du commerce et des politiques de services » et réalisé avec le soutien financier de la Chine, le rapport met en avant le phénomène de « servicification » : les services (finance, transports, logistique, télécoms, conseil…) ne forment plus un secteur isolé mais irriguent l’ensemble des chaînes de production, expliquent les auteurs du rapport. Ils représentent 30 à 35 % de la valeur ajoutée industrielle et environ 20 % dans l’agriculture.
Cette contribution reste toutefois très inégale selon le niveau de développement des pays : les services pèsent pour environ un tiers des intrants des exportations industrielles dans les pays développés, contre 27 % dans les pays en développement et seulement 13 % dans les pays les moins avancés.
Le manque de données, un frein aux bonnes politiques
Le rapport souligne que les statistiques commerciales agrégées ne suffisent pas à mesurer si cette montée en puissance des services crée réellement de meilleurs emplois, plus de productivité ou une économie plus diversifiée. Or les gouvernements disposent souvent déjà, sans le savoir, de la majorité des données nécessaires — il s’agirait surtout de mieux les croiser.
Deux exemples illustrent ce potentiel : en Équateur, les entreprises entrées sur les marchés d’exportation de services numériques ont vu leurs effectifs croître d’environ 21 % ; en Uruguay, les fournisseurs locaux liés aux exportateurs de bœuf vers la Chine ont enregistré une forte hausse de leurs ventes.
L’ambassadeur jamaïcain Richard Brown a insisté sur la nécessité de donner plus de poids, dans les discussions multilatérales, au renforcement des capacités statistiques, condition d’une élaboration de politiques et de négociations mieux informées.
Croiser fiscalité, douanes et emploi
La Cnuced recommande aux États de développer des données désagrégées par partenaire commercial, secteur et mode de fourniture, en connectant données fiscales, douanières, commerciales et d’emploi via des identifiants communs, tout en préservant l’anonymat. Un appui des partenaires au développement (financement, outils numériques, expertise) et une coopération Sud-Sud sont jugés nécessaires pour surmonter les obstacles techniques et réglementaires.
L’ambassadeur italien Luigi Maria Vignali a salué un rapport offrant des outils concrets pour identifier des opportunités de partenariats commerciaux, thème qui sera au centre d’une session du Forum public de l’OMC consacrée au commerce des services entre l’Italie et l’Afrique, prévue le 16 septembre 2026.