Il fut un temps où Daron Acemoğlu, économiste turco-américain, prix Nobel d’économie, regardait les prophètes de l’apocalypse IA avec un petit sourire condescendant : « 5 % des emplois menacés, tout au plus – arrêtez de paniquer ». Pendant que l’OCDE agitait le chiffre de 25 % et le FMI carrément 40 %, lui restait le grand sage imperturbable du MIT.
Sauf que l’été 2026 est passé par là, et avec lui les agents IA, ces stagiaires numériques qui, contrairement aux vrais stagiaires, n’ont pas besoin qu’on leur explique deux fois où se trouve la photocopieuse. Résultat : notre économiste avouerait aujourd’hui perdre le sommeil en pensant aux conséquences énormes que tout cela va avoir, indique une tribune publiée sur la revue Nature, lundi 31 août.
Sa nouvelle estimation ? On grimpe à 8 ou 9 %. Presque le double, donc, mais toujours loin du chiffre du FMI. Ce qui permet à Acemoğlu de garder un pied dans le camp « raisonnable » tout en piquant une insomnie de temps en temps.
Sa vraie angoisse, ceci dit, n’est pas tant le nombre de postes qui vont sauter que la philosophie derrière la manœuvre : les entreprises préfèrent-elles remplacer leurs employés, ou les rendre plus costauds avec l’IA ? Dans cette tribune, il plaide pour une IA « pro-travailleurs » plutôt qu’une course effrénée vers l’intelligence artificielle générale, un peu comme demander à un bulldozer de faire du jardinage de précision plutôt que de tout raser.
Moralité : même les Nobel changent d’avis. Et visiblement, l’IA a le chic pour transformer les optimistes en “oiseaux de nuit“*. Dit autrement, seules les personnes ayant l’intelligence au talon ne changent pas d’avis!
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Un “oiseau de nuit“ désigne une personne qui est très active, sort ou aime vivre tard pendant la nuit, par opposition au “lève-tôt“.