Pénurie, marques inconnues et silence des autorités : plongée dans la crise de l’eau minérale qui assoiffe les Tunisiens.
Depuis la fin du mois de juin, il n’y a plus que l’inquiétude qui règne en maître chez le consommateur tunisien. Une inquiétude qui se manifeste à travers la triste bousculade des consommateurs, allant de magasin en magasin, d’une épicerie à une autre, d’une supérette à une autre, à la recherche désespérée d’une bouteille d’eau minérale. Et l’on ne parle plus de six bouteilles d’eau potable, ni même de la possibilité de choisir parmi les marques préférées des Tunisiens. De nouvelles marques, jusque-là totalement inconnues sur le marché de l’eau potable, ont récemment émergé comme par enchantement. Drôle de coïncidence : l’apparition de nouvelles marques au beau milieu d’une période de pénurie sévère !
« J’en ai marre de dire à mes clients que je n’ai plus de bouteilles d’eau. J’en ai marre de jurer que je ne cache pas d’eau », me confie le propriétaire d’une supérette de mon quartier.
Un autre me raconte que ses trois fournisseurs ne veulent plus recevoir d’appels pour s’enquérir de la possibilité d’obtenir de nouvelles quantités d’eau minérale. Plusieurs dépôts d’eau minérale, auparavant archicombles de marchandises, ont mis, on l’espère provisoirement, la clé sous la porte, faute de stock. Et lorsque, par chance, ils reçoivent des quantités limitées, ils ouvrent leur dépôt pour voir leur marchandise s’évaporer en un temps record, emportée par des clients assoiffés et désespérés. Ils sont ensuite contraints de fermer à nouveau leurs portes, jusqu’à la réception d’un nouvel arrivage, dont la date demeure incertaine. Dans une grande surface, une employée me confie que ce n’est pas facile du tout, que c’est presque ingérable de gérer les consommateurs lors de l’arrivage des bouteilles d’eau minérale, et ce pour deux raisons : la bousculade devant la marchandise et les mains qui s’arrachent violemment les bouteilles.
En vain, l’équipe de la grande surface tente de convaincre les clients que chaque personne n’a droit qu’à douze bouteilles d’eau. Cette grande surface garde jalousement, y compris auprès de la majorité de ses propres employés, la date et l’heure de l’arrivée de la marchandise. Notre interlocutrice affirme en ignorer les raisons, mais nous pensons qu’il s’agit d’éviter que les employés ne communiquent cette information à leurs parents et amis pour leur faciliter les choses. Ce n’est pas une ruée vers l’or, c’est une ruée vers l’eau minérale (il faut dire que la Constitution garantit de toute façon l’accès à l’eau potable).
Un autre fait qui attise la curiosité et l’inquiétude des consommateurs livrés à eux-mêmes, c’est l’absence de toute communication institutionnelle sur le sujet de la pénurie. Où sont les points de presse ? Où est le porte-parole du gouvernement ? La presse et les consommateurs voudraient recevoir des réponses claires. En attendant ces réponses, la ruée vers l’eau minérale ne cessera pas ; le triste paysage des dépôts fermés et les réponses négatives des commerçants continueront de ponctuer le quotidien des Tunisiens.
Où va la Tunisie ?