Le violoniste, altiste et compositeur Outail Maaoui revient sur son parcours artistique, ses distinctions, sa vision de la musique tunisienne et ses projets futurs.
Né en 1982 à Tunis, Outail Maaoui a commencé son parcours musical à l’âge de sept ans. Après une première formation en musique arabe, il a obtenu un diplôme d’enseignement en musique et musicologie en 2008, puis un master en sciences culturelles, musique et musicologie à l’Institut supérieur de musique de Tunis en 2011. Il y a enseigné en tant que professeur assistant entre 2013 et 2017. Il est actuellement violoniste à l’Orchestre national tunisien et enseigne le violon au Centre national des arts populaires de Sidi Saber. Au cours de sa carrière, il s’est produit dans plusieurs pays, notamment en France, en Italie, aux États-Unis, aux Émirats arabes unis, au Liban, au Maroc, en Algérie et en Palestine. Il a également participé à de nombreux enregistrements en studio et partagé la scène avec plusieurs artistes arabes de renom.
Des distinctions qui renforcent la confiance
Outail Maaoui considère le Tanit d’argent obtenu aux Journées musicales de Carthage et le premier prix remporté au Festival de la chanson tunisienne comme deux distinctions majeures dans son parcours de musicien et de compositeur. Selon lui, ces récompenses renforcent la confiance, stimulent la motivation et encouragent l’artiste à croire davantage en ses capacités.
Il estime toutefois que les prix ne suffisent pas à garantir la réussite. La persévérance, le travail et l’acquisition constante d’expérience demeurent indispensables, particulièrement dans le domaine de la musique instrumentale, qui reste, selon lui, insuffisamment valorisé en Tunisie et dans plusieurs autres pays.
Le musicien considère également que la participation au Festival international de Hammamet représente déjà une reconnaissance importante. Il espère que cette expérience lui permettra de franchir de nouvelles étapes et de concrétiser d’autres projets.
Une trilogie en évolution
Entre 2014 et 2026, son projet artistique s’est construit dans la continuité, tout en connaissant une évolution permanente. De nouvelles compositions ont été ajoutées, certaines pièces ont été réarrangées ou retirées, et le projet initialement instrumental s’est progressivement ouvert à la chanson.
Cette évolution vise notamment à rapprocher la musique du public, sans renoncer à l’esprit originel du projet. La collaboration avec plusieurs artistes a également contribué à son développement. Hatem, déjà présent dans Délal El Atlas, participe à la nouvelle version à l’accordéon. Rawda et Dadi prennent également part au projet, en interprétant des chansons composées par Outail Maaoui ou issues de leur propre répertoire.
Cette dynamique a donné naissance à une trilogie composée de Liqaa, présenté en 2014, d’Ombres d’Atlas, créé en 2024 aux Nuits du Musée de Sousse et sélectionné aux Journées musicales de Carthage, et de Sadeh, présenté en 2026 au Festival international de Hammamet et au Festival international de Boukornine.
Vers un grand format orchestral
Le compositeur rêve désormais d’un projet présenté dans un format plus ambitieux, réunissant un orchestre, plusieurs solistes, des cuivres et des chanteurs. Il envisage également d’inviter d’autres artistes, même si certaines discussions sont encore en cours. Il estime que la diversité linguistique et culturelle de la Tunisie peut également nourrir la création musicale, à condition que les différentes influences soient intégrées avec cohérence et sensibilité.
Faire rayonner la musique tunisienne
Selon Outail Maaoui, la musique tunisienne bénéficie d’une visibilité croissante, mais elle n’occupe pas encore la place qu’elle mérite. Les artistes et les institutions culturelles doivent, à ses yeux, contribuer davantage à faire découvrir les créations nationales. Dans une déclaration à leconomistemaghrebin.com, il espère notamment se produire un jour au Festival de Carthage, où il assistait déjà à des spectacles lorsqu’il était enfant. Il considère toutefois que l’objectif ne doit pas se limiter à remplir les salles. L’essentiel est de proposer des spectacles de qualité et de permettre au public d’écouter, de découvrir et d’apprécier des œuvres différentes.
Le musicien appelle enfin les artistes tunisiens à prendre eux-mêmes l’initiative de promouvoir leur musique à l’étranger. Il estime que, tout comme les artistes marocains ont réussi à faire connaître leur répertoire, les créateurs tunisiens peuvent eux aussi faire rayonner leur identité musicale.
Une vocation familiale
La vocation d’Outail Maaoui est née dans un environnement familial marqué par la musique. Son père jouait du saxophone dans un orchestre de musique de cuivre, tandis que la pratique musicale était présente au quotidien dans la maison.
Après avoir commencé par la flûte, il s’est orienté vers le violon, avant de suivre une formation classique jusqu’à l’âge de 19 ans. Il a ensuite approfondi sa découverte de la musique arabe et tunisienne, en utilisant les techniques acquises dans la musique occidentale.
Il cite parmi ses influences plusieurs grands musiciens tunisiens, notamment Ridha Kalaï, Bachir Selmi et Hafedh Makni, ainsi que l’instrumentiste Alexis Cardenas. Il retient de ces artistes leur talent, mais aussi leur modestie et leur accessibilité.
Pour Outail Maaoui, le travail, la patience et la persévérance restent les principales clés de la réussite. Son ambition est désormais de continuer à enrichir la musique tunisienne et de la faire découvrir à un public plus large, en Tunisie comme à l’étranger.