Les agents de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) ne doivent pas être tenus responsables des coupures électriques qui se multiplient à travers le pays. C’est le message porté par Fathi Msalmi, secrétaire général de la Fédération générale de l’électricité et du gaz. Il estime que la crise actuelle résulte avant tout d’un déficit de production anticipé depuis plusieurs années.
Dans une déclaration exclusive accordée à L’Économiste Maghrébin, le responsable syndical affirme que la STEG avait officiellement alerté les autorités de tutelle dès 2024 sur les tensions qui menaçaient l’équilibre du réseau électrique.
« La STEG avait prévenu qu’un déficit d’environ 800 MW était à prévoir. Ces alertes existaient bien avant les coupures que connaît aujourd’hui le pays », assure-t-il.
Il poursuit en soulignant que la vague de chaleur n’a fait qu’accélérer une crise déjà prévisible. Lors des pics de consommation enregistrés cet été, la demande nationale aurait atteint près de 5 800 MW. Tandis que les capacités de production disponibles ne dépassaient pas environ 4 200 MW.
Dans ces conditions, la STEG n’avait, estime-t-il, d’autre choix que de procéder à des délestages pour préserver la stabilité du réseau. « Sans ces coupures tournantes, le pays aurait pu connaître un black-out généralisé », explique-t-il.
Des alertes restées sans suite
Pour Fathi Msalmi, l’origine de la crise réside dans le retard accumulé dans le renforcement des capacités de production. Malgré les avertissements adressés aux autorités, les investissements nécessaires n’auraient pas été engagés à temps pour accompagner la progression de la consommation nationale.
Il rappelle que la dernière grande centrale intégrée au réseau est Radès C, mise en service progressivement entre 2020 et 2021. Depuis, plusieurs projets destinés à accroître les capacités de production ont été annoncés, sans permettre de combler le déficit devenu aujourd’hui critique.
Le responsable syndical évoque notamment un programme prévoyant l’ajout d’environ 1 200 MW de nouvelles capacités, dont la mise en œuvre reste, dixit l’intéressé, insuffisante face à l’évolution des besoins.
En outre, la Fédération générale de l’électricité et du gaz avait également attiré l’attention des pouvoirs publics lors des négociations sociales de juillet 2025. Appelant ainsi à accélérer les investissements et à renforcer le rôle de la STEG, notamment dans le développement des énergies renouvelables.
« Les agents ne doivent pas servir de boucs émissaires »
Face aux critiques suscitées par les coupures, Fathi Msalmi défend les agents de la STEG. Ils assurent, relève-t-il, la continuité du service public dans un contexte particulièrement difficile.
« Les agents ne doivent pas payer le prix de l’absence de réaction des autorités », insiste-t-il. Tout en estimant qu’ils mettent en œuvre les moyens techniques disponibles pour éviter un effondrement complet du système électrique.
Au final, le secrétaire général de la Fédération générale de l’électricité et du gaz conclut que la crise actuelle rappelle l’urgence d’une stratégie énergétique fondée sur l’anticipation, le renforcement des capacités de production et une implication accrue de la STEG dans les projets de transition énergétique. Et ce, afin d’éviter que les tensions observées cet été ne deviennent récurrentes.