« Diagnostics posés, excuses épuisées ». C’est en ces termes que le président-fondateur de Talan, Mehdi Houas, est intervenu lors de la clôture du Tunisia Global Forum « Bâtir l’avenir à l’ère de l’intelligence artificielle », organisé par l’ATUGE à Tunis, le 21 juillet 2026. Son message aux acteurs économiques, institutionnels et éducatifs du pays : transformer, sans plus attendre, le talent national en entreprises, en emplois et en innovation.
Pour Mehdi Houas, la Tunisie ne souffre plus d’un manque de compréhension de ses difficultés, mais d’un déficit de volonté et d’exécution. Un pays ne se développe pas, a-t-il affirmé, parce qu’il a identifié ses problèmes, mais parce qu’une génération décide que ceux-ci ne constituent plus une excuse à l’inaction. Il s’agit d’une distinction qui, selon lui, sépare ceux qui observent l’histoire de ceux qui la font.
Le président de Talan est convaincu que l’intelligence artificielle va transformer les économies, redéfinir les rapports de force internationaux et bouleverser les chaînes de valeur… Le système éducatif, les entreprises et les institutions tunisiennes devront, a-t-il ajouté, s’adapter à ces mutations.
L’orateur a reconnu l’existence de freins réels au développement de la Tunisie, citant notamment le financement, la réglementation, la lenteur administrative, la fiscalité et l’infrastructure. Ceux qui font avancer les choses, a-t-il toutefois jugé, ne commencent jamais par dresser la liste de ce qui manque, mais par la décision d’agir avec les moyens disponibles. Fort de son expérience personnelle d’entrepreneur ayant fondé des sociétés dans une trentaine de pays dans le monde, M. Houas a soutenu qu’aucune réussite économique, aucune aventure humaine d’ampleur, n’a jamais attendu la disparition de toute incertitude pour voir le jour ; ceux qui la portent savent qu’ils n’en verront peut-être jamais l’aboutissement, une génération transmettant le relais à la suivante.
L’intelligence n’est pas une richesse mais une possibilité…
Revenant sur une idée souvent avancée en Tunisie selon laquelle l’intelligence serait la plus grande richesse du pays, Mehdi Houas a nuancé ce constat : l’intelligence n’est pas une richesse mais une possibilité, qui ne se transforme en richesse que lorsqu’une recherche devient une innovation, qu’une innovation devient une industrie, et qu’une industrie génère à son tour des emplois, de la prospérité et de la confiance. Le talent, a-t-il insisté, n’est jamais une fin en soi mais la matière première de cette création de valeur.
Le XXIe siècle ne se jouera pas, a estimé le fondateur de Talan, dans une compétition entre individus doués ceux-ci existant partout mais entre les cadres collectifs capables de les faire travailler ensemble. Les pays qui réussiront ne seront pas ceux qui comptent les meilleurs ingénieurs, mais ceux qui permettront à leurs chercheurs, entrepreneurs et investisseurs de bâtir de concert. Un talent isolé, a-t-il résumé, n’est qu’une promesse ; un collectif qui fonctionne devient une puissance.
Interrogé, selon ses propos, sur les moyens de retenir les compétences tunisiennes, Mehdi Houas a jugé la question mal posée : les talents ne restent pas parce qu’on les retient, mais lorsqu’ils ont le sentiment de participer à une aventure qui les dépasse, de voir naître autour d’eux des entreprises ambitieuses, des laboratoires actifs et des projets porteurs de sens.
Ayez le courage et l’audace de façonner l’avenir
L’orateur a par ailleurs fait référence à un précédent événement consacré à l’intelligence artificielle, auquel auraient participé des « visionnaires » ayant laissé, selon ses termes, une vision à transformer en réalité ,un passage de son intervention qui demeure peu précis dans la transcription disponible. La responsabilité de sa propre génération, a estimé M. Houas, est précisément de concrétiser cet héritage, afin de transmettre à la suivante, non pas un rapport ou une analyse supplémentaire, mais des réalisations tangibles : des sociétés, des laboratoires, des produits, des brevets, des emplois, et une confiance renouvelée dans la capacité du pays à produire. Ses parents, a-t-il ajouté, avaient bâti la Tunisie moderne ; sa génération hérite désormais d’un chantier différent : donner au pays sa place dans l’économie du savoir, y faire naître des entreprises innovantes et des technologies rayonnantes, et convaincre la jeunesse tunisienne que son avenir peut aussi s’écrire sur place.
Citant Antoine de Saint-Exupéry pour qui, s’agissant de l’avenir, il ne s’agit pas de le prédire mais de le rendre possible, Mehdi Houas a averti que cet avenir ne serait ni offert ni donné : il se construirait en Tunisie parce que les Tunisiens l’auront décidé, ou ailleurs. Un pays ne change jamais, a-t-il conclu, lorsque tout le monde est d’accord, mais lorsque des hommes et des femmes choisissent d’agir avant les autres et leur donnent envie de les rejoindre. Une invitation adressée aux participants à ne pas se contenter d’observer l’avenir, mais à avoir le courage et l’audace de le façonner.