Le monde a changé : la carte de l’innovation se redessine. Pendant que la Chine forme chaque année près de 4 millions d’ingénieurs contre environ 40 000 en France, les technologies clés, ordinateurs, Internet, smartphones, cloud, intelligence artificielle, accélèrent à une vitesse inédite. Ce n’est pas simplement un recul pour certains pays : c’est une recomposition globale qui modifie les règles du jeu.
Il faut rappeler également que depuis les années 2000, la Chine a massivement développé son vivier d’ingénieurs et d’étudiants STIM, faisant grimoerleur nombre. Cette stratégie, soutenue par une forte hausse des inscriptions universitaires (40 % des diplômés du secondaire accèdent désormais à l’université) et une proportion élevée de jeunes ingénieurs (44 % ont moins de 30 ans), alimente un écosystème technique compétitif et bon marché : les salaires des chercheurs y sont en moyenne beaucoup plus bas qu’aux États‑Unis.
De ce fait, ce réservoir d’ingénieurs provenant aussi bien d’universités moins prestigieuses que des grandes écoles, favorise la création de startups innovantes (DeepSeek, Manus AI, Unitree Robotics) et permet aux industries chinoises (batteries, véhicules électriques, télécommunications, IA) d’accélérer. Des entreprises comme CATL soulignent l’avantage des compétences en ingénierie logicielle hérité du secteur Internet et smartphone.
Plusieurs études et rapports récents indiquent que la Chine a rattrapé, voire surpassé, les États‑Unis dans de nombreuses technologies critiques (selon ASPI, leader dans 57 des 64 technologies entre 2019 et 2023). Des indicateurs comme la part des chercheurs en IA formés en Chine et le nombre de scientifiques de haut niveau montrent un basculement.
La question est rude mais nécessaire : avons‑nous laissé passer le train de l’avenir ? Oui, les déséquilibres en matière de formation, d’investissement et d’écosystèmes d’innovation pèsent fortement. Mais ce constat n’est pas une fatalité. Il invite à agir vite et intelligemment.
Qu’en est-il pour la Tunisie?
En Tunisie, plus de 85 000 ingénieurs étaient inscrits au tableau du Conseil de l’Ordre des ingénieurs tunisiens à fin 2022. Le pays forme aussi un flux régulier de diplômés, avec environ 8 500 ingénieurs diplômés par an selon une source relayée en 2024. Mais cette production est largement compensée par les départs à l’étranger. Entre 2015 et 2020, quelque 39 000 ingénieurs fraîchement diplômés ont quitté le pays, principalement vers l’Europe et les pays du Golfe..
Mais une chose est sûre : les places de demain se décident aujourd’hui. Plutôt que de subir la concurrence, la Tunisie peut tirer parti de sa jeunesse et de sa créativité pour se positionner sur des niches à forte valeur ajoutée deeptech, fintech, énergies propres, edtech francophone. L’enjeu n’est plus seulement de rattraper un retard numérique, mais de créer des avantages comparatifs durables.