Face à la multiplication des sécheresses, inondations et vagues de chaleur qui fragilisent le continent, le professeur béninois de médecine du travail, Dr Paul Ayelo, plaide pour une intégration urgente des enjeux climatiques dans les politiques de santé et sécurité au travail (SST) en Afrique. Il s’exprimait lors de la première édition du Forum africain des innovations en santé, sécurité et bien-être au travail (AFRISST), qui se tient à Ouagadougou au Burkina Faso les 2, 3 et 4 juillet.
D’emblée, le spécialiste de l’université d’Abomey-Calavi a remis en question la durabilité des modèles de prévention actuels, rapporte lefaso.net. « Je ne sais pas si la prévention est vraiment durable », a-t-il lancé, soulignant l’impérieuse nécessité de considérer le climat comme un déterminant majeur des risques professionnels. Pour lui, il n’est plus possible de concevoir un environnement de travail sain sans tenir compte des transformations profondes de l’écosystème.
Le Dr Ayelo a illustré son propos par des exemples concrets : stress hydrique menaçant les activités agro-pastorales, prolifération de maladies vectorielles (paludisme) liée à l’humidité, ou encore érosion côtière détruisant les infrastructures et les zones habitées. Il a appelé à une évaluation rigoureuse des risques climatiques, à leur classement et à une planification stratégique de l’adaptation, en intégrant les notions de vulnérabilité, de résilience et de genre.
Toujours selon le site burkinabé, l’intervention du chercheur a suscité de vives réactions, à commencer par celle du Dr Sounkalo Djibo, consultant, qui a alerté sur la pénibilité de la chaleur en milieu industriel ; ou bien celle de la consultante Sylvie Rolande Zongo qui a lancé un cri du cœur sur la disparition d’espèces végétales utiles, plaidant pour une approche plus responsable des politiques de reboisement. De son côté, le Pr Cyriaque Paré, enseignant-chercheur à l’INSS, a mis en garde contre l’écart entre les discours et les actions concrètes des États africains.
In fine, le Dr Ayelo a insisté sur une idée-force : une prévention véritablement durable exige une refonte profonde des politiques publiques et privées. Dans un contexte africain particulièrement vulnérable, cette transformation est non seulement une exigence stratégique mais elle est aussi un impératif de survie.