L’essor de l’intelligence artificielle a profondément transformé les marchés mondiaux, au point que la capacité des pays à générer des rendements élevés pour les investisseurs est de plus en plus liée à leur position au sein de l’écosystème de l’IA. C’est ce qu’il ressort d’une vision de l’économiste Ruchir Sharma, président de Rockefeller International, publiée par Al Business.
M. Sharma explique que l’intelligence artificielle est devenue le sujet dominant sur les marchés mondiaux, surpassant toutes les autres technologies révolutionnaires précédentes par son impact sur les rendements et les investissements. La performance relative des principaux marchés boursiers au cours de l’année écoulée reflète clairement l’ampleur des investissements consentis par chaque pays dans le développement de son infrastructure ou de ses services d’IA.
Il estime que les États-Unis et la Chine ont tiré profit de leurs modèles d’IA déjà bien établis. Tandis que Taïwan et la Corée du Sud ont acquis une place prépondérante grâce à leur domination dans l’industrie des semi-conducteurs. Le Japon, quant à lui, a consolidé sa position grâce à un large éventail de compétences et de technologies liées à ce secteur. D’autres pays, comme la Malaisie, Singapour, le Mexique, le Vietnam et la Thaïlande, ont également bénéficié de cette situation. Et ce, notamment grâce à leur rôle dans les chaînes d’approvisionnement technologiques et les centres de données.
À l’inverse, les marchés des pays peu présents dans le secteur de l’IA ou dépendants de secteurs plus vulnérables aux bouleversements technologiques ont reculé. C’est le cas de vastes régions d’Europe, ainsi que de pays comme l’Inde et les Philippines, qui subissent une pression croissante du fait de leur dépendance aux services technologiques susceptibles d’être affectés par le développement rapide de l’IA.
En outre, les données ont révélé que les entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle représentaient plus de 40 % de la capitalisation boursière des actions américaines. De même qu’elles ont contribué à plus de 80 % des rendements du marché cette année. Taïwan et la Corée du Sud ont également enregistré des niveaux de concentration plus élevés. Alors qu’en Chine, la dynamique s’est concentrée sur les entreprises technologiques de pointe et les secteurs émergents. Les secteurs traditionnels continuant de rencontrer des difficultés.
Par ailleurs, M. Sharma fait valoir que la vague actuelle d’IA diffère de la bulle Internet de la fin des années 1990. Alors que divers secteurs et marchés ont profité du boom d’Internet à l’époque, la vague actuelle d’IA détourne les capitaux des secteurs et des pays qui sont loin de cette transformation. Notamment des pays comme la Grande-Bretagne et l’Indonésie, qui subissent une fuite des investissements étrangers.
De plus, il souligne que les pays leaders ne bénéficient pas simplement d’une croissance passagère, mais possèdent des atouts solides. Avec essentiellement des investissements importants dans la recherche et le développement, ainsi que dans les technologies. Les dépenses moyennes en recherche et développement dans les pays à la pointe de l’IA dépassent 3 % du PIB. Soit plus de trois fois le niveau des pays en retard.
Il avertit toutefois que les positions de leader ne sont pas garanties. Aux États-Unis, l’écart de performance entre les actions des géants de la tech se creuse. Tandis que la quasi-totalité d’entre eux font face à une concurrence étrangère accrue, notamment de la part de la Chine. D’ailleurs, en Chine, des entreprises majeures comme Alibaba et Tencent cherchent encore un modèle clair pour tirer profit directement de l’intelligence artificielle. Alors que les PME du secteur technologique cotées sur des marchés émergents prospèrent. L’action d’Alibaba a chuté de 30 % cette année.