L’affaire Qatargate connaît un nouveau développement spectaculaire. La justice belge a émis lundi 22 juin un mandat d’arrêt visant l’ancien commissaire européen et actuel député grec, Dimitris Avramopoulos…
Selon plusieurs médias grecs et européens, les autorités judiciaires belges ont officiellement transmis leur demande aux autorités grecques, dans le cadre de l’affaire Qatargate. Toutefois, l’exécution du mandat demeure suspendue à une étape essentielle : la levée de l’immunité parlementaire dont bénéficie actuellement Avramopoulos en tant que membre du Parlement grec.
Son implication dans l’affaire est liée à l’ONG FightImpunity, fondée par l’ancien eurodéputé italien Antonio Panzeri, considéré par les enquêteurs comme l’un des principaux acteurs du réseau présumé de corruption révélé par le Qatargate.
L’ancien commissaire européen affirme avoir siégé au sein du comité consultatif de l’ONG entre février 2021 et février 2022 et avoir reçu une rémunération de 5 000 euros mensuels, soit environ 60 000 euros sur une année. Il soutient que ces revenus ont été dûment déclarés auprès des autorités fiscales grecques et inscrits dans ses déclarations de patrimoine.
Une enquête qui continue d’élargir son périmètre
Ce nouveau développement montre que l’enquête belge, près de quatre ans après les premières perquisitions spectaculaires de décembre 2022, continue de remonter les ramifications du réseau présumé mis en place autour d’Antonio Panzeri.
Le Qatargate avait éclaté lorsque les enquêteurs belges avaient découvert d’importantes sommes d’argent liquide et mis au jour un système présumé d’influence impliquant plusieurs responsables européens. L’affaire avait notamment conduit à l’arrestation de l’ancienne vice-présidente du Parlement européen, Eva Kaili, ainsi qu’à l’inculpation de plusieurs eurodéputés et collaborateurs parlementaires.
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Selon les enquêteurs, plusieurs responsables européens auraient reçu de l’argent ou bénéficié d’avantages en échange d’une influence favorable aux intérêts du Qatar au sein des institutions européennes. Les soupçons portent notamment sur des actions visant à améliorer l’image de l’émirat du Qatar auprès des décideurs européens, à atténuer les critiques relatives aux droits humains et aux conditions de travail des travailleurs migrants à l’approche de la Coupe du monde de football 2022, ainsi qu’à encourager l’adoption de positions, de résolutions ou de votes favorables aux intérêts qataris au Parlement européen.
Les magistrats s’intéressent également à d’éventuelles démarches destinées à promouvoir certaines orientations politiques ou réglementaires susceptibles de servir les intérêts de Doha dans ses relations avec l’Union européenne.
Un test pour la crédibilité des institutions européennes
Au-delà du cas personnel de Dimitris Avramopoulos, cette nouvelle étape souligne la profondeur de la crise de confiance qui frappe encore les institutions européennes.
L’émission d’un mandat d’arrêt contre un ancien commissaire européen constitue un événement exceptionnel qui témoigne de la volonté des magistrats belges d’examiner l’ensemble des connexions politiques, associatives et financières gravitant autour du dossier Qatargate.
Reste désormais à savoir si le Parlement grec acceptera de lever l’immunité du député, ouvrant ainsi la voie à son audition par la justice belge. Une décision qui pourrait marquer une nouvelle phase dans une affaire devenue le symbole des vulnérabilités de l’Union européenne face aux stratégies d’influence étrangères et aux réseaux de lobbying opaques.