La conclusion d’un accord de paix entre Washington et Téhéran et la perspective d’une réouverture progressive du détroit d’Ormuz ont été accueillies favorablement par les marchés financiers, provoquant un recul des prix du pétrole. Toutefois, la Banque centrale européenne (BCE) considère que cette détente géopolitique, à elle seule, ne permettra pas de mettre un terme au choc énergétique qui affecte l’Europe depuis plusieurs mois.
Plusieurs responsables de la BCE, cités par Bloomberg, estiment que les perturbations provoquées par la guerre au Moyen-Orient ont laissé des traces profondes sur les marchés de l’énergie. Même si les cours du pétrole ont commencé à reculer après l’annonce de l’accord entre Américains et Iraniens, les prix restent supérieurs à leurs niveaux d’avant-crise et les chaînes d’approvisionnement demeurent fragilisées.
L’institution monétaire souligne que le choc énergétique ne se limite pas à la hausse du pétrole. Les marchés du gaz naturel, du gaz naturel liquéfié (GNL) et de l’électricité continuent de subir les conséquences de plusieurs mois de perturbations. La fermeture du détroit d’Ormuz a affecté une part significative des flux mondiaux d’hydrocarbures. Et ce, en provoquant une flambée des coûts de l’énergie et en alimentant les pressions inflationnistes dans la zone euro.
Pour les responsables européens, l’un des principaux risques réside dans la durée nécessaire au rétablissement complet des échanges énergétiques. Même en cas de reprise rapide du trafic maritime, les stocks devront être reconstitués. De même que certaines capacités de production remises en service et les circuits logistiques réorganisés. Cette normalisation pourrait prendre plusieurs mois.
Par ailleurs, la BCE redoute que les hausses passées des coûts de l’énergie continuent de se transmettre à l’ensemble de l’économie. Les entreprises industrielles européennes, déjà confrontées à une perte de compétitivité liée aux prix élevés de l’énergie, pourraient maintenir leurs prix à des niveaux élevés, afin de préserver leurs marges. Cette situation risque de prolonger les tensions inflationnistes, malgré le reflux des cours pétroliers.
Pour l’institution de Francfort, la baisse récente du pétrole constitue donc un signal encourageant, mais insuffisant. La véritable question est désormais de savoir à quelle vitesse les flux énergétiques mondiaux retrouveront leur niveau normal. Mais aussi dans quelle mesure les économies européennes parviendront à absorber les conséquences du plus important choc énergétique depuis la crise déclenchée par la guerre en Ukraine.
Si l’accord de paix réduit nettement le risque d’une nouvelle flambée des prix, la BCE estime que l’Europe devra encore composer pendant plusieurs trimestres avec les séquelles économiques et inflationnistes de cette crise énergétique majeure.