C’est samedi soir 6 juin 2026, dans l’enceinte du 4ème Art à Tunis, que le chanteur Nidhal Yahyaoui a offert au public les premières esquisses scéniques de son dernier projet, intitulé « Gourbi ». Une prestation pensée comme un arc narratif sonore, où l’artiste a volontairement inversé les attentes liées au terme dialectal, synonyme dans l’usage courant de lieu décousu ou de bric-à-brac.
Derrière ce nom, Nidhal Yahyaoui assume une ambition de métissage esthétique. La soirée a fait se succéder des expressions musicales variées : les sonorités soufies originaires de la région de Kasserine, des formes populaires telles que le Mezoued ou le Stambali (interprétées via le Gumbri) et les répertoires du Malouf tunisien.
Le spectacle a duré environ quatre-vingt-dix minutes. Sa construction suivait une montée progressive en intensité. Les premiers instants, consacrés à une nouba soufie évoquant les saints Sidi Mohamed Ibn Aissa et Sayyida Manoubia, ont précédé l’entrée du Gumbri, qui a changé l’atmosphère et entraîné une partie des spectateurs à danser. En cours de représentation, Nidhal Yahyaoui a également rendu hommage à Ismaïl Hattab, grande figure du patrimoine populaire, en reprenant un extrait de son répertoire. Le final a été marqué par un air traditionnel de la zone de Siliana, dont la résonance particulière a été soulignée par la forte présence de spectateurs originaires du Nord-Ouest tunisien.
Sur scène, cinq musiciens accompagnaient l’artiste. La palette instrumentale réunissait des percussions (Daff et Tabl), une Zokra, une guitare, ainsi qu’une partie électronique maintenue sans interruption tout au long du show. La dimension visuelle n’était pas en reste : des projections mêlant motifs amazighs, teintes saturées, références au tatouage traditionnel et influences africaines habillaient la scénographie, en adéquation avec la pluralité culturelle revendiquée par le projet.