Des gisements de phosphates inexploités, des parcs solaires financés mais en attente, des ports à moderniser, des quartiers entiers à bâtir : la Tunisie dispose d’un portefeuille considérable de grands projets planifiés depuis des décennies, dont la réalisation a été sans cesse repoussée. Dans sa note Reprise économique en période d’incertitude pour la Tunisie, l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) fait de leur déblocage urgent une condition sine qua non de la reprise économique. La crise peut devenir le déclencheur que le pays attendait.
La Tunisie dispose d’un sous-sol qui n’a jamais été pleinement mis en valeur. Les gisements de phosphates de Sra Ouertane et d’autres sites du sud-ouest du pays constituent des réserves considérables dont l’exploitation génèrerait des emplois, des devises et des recettes fiscales dans des régions parmi les plus défavorisées du pays. Dans le secteur des hydrocarbures, le golfe de Gabès et le champ pétrolier et gazier de Ghdamès, partagé avec les pays voisins, recèlent un potentiel productif qui reste largement sous-exploité faute de décisions d’investissement. Ce sont des projets pour lesquels des études ont été réalisées, des fonds ont été mobilisés, et des emprunts extérieurs ont été contractés et sont encore en cours de remboursement, sans que les chantiers n’aient été véritablement lancés.
Les énergies renouvelables : l’opportunité est déjà là
Le secteur des énergies renouvelables représente peut-être l’opportunité la plus immédiatement saisissable. Une nouvelle dynamique s’installe grâce à des investissements directs étrangers qui ont déjà sécurisé leur marché local par des contrats avec la STEG, la société nationale d’électricité. La perspective d’exporter de l’énergie solaire vers l’Italie via la liaison sous-marine ELMED donne à ces projets une dimension stratégique régionale qui les rend particulièrement attractifs pour les financeurs internationaux. L’IACE souligne que cette filière pourrait à terme permettre à la Tunisie de réduire sa dépendance aux importations d’hydrocarbures tout en générant des recettes en devises, deux objectifs devenus prioritaires dans le contexte de la crise iranienne.
L’urbanisme et la logistique, moteurs d’emploi durables
Au-delà des ressources naturelles, l’IACE identifie plusieurs grands projets d’urbanisme dont la réalisation est depuis longtemps inscrite dans les agendas de planification mais demeure en attente de feux verts définitifs. Les projets Lac Sud à Tunis, Sebkhat Ben Ghayada à Mahdia et Taparura à Sfax, ainsi que les programmes de logements sociaux des jardins de Tunis et de Manouba, représentent un potentiel considérable en matière d’emplois dans la construction et de résorption de la crise du logement urbain. Dans le secteur de la logistique, les projets portuaires d’Enfida, l’extension du port de Radès et les ports secs pour conteneurs constituent des infrastructures structurantes pour l’ensemble de l’appareil exportateur tunisien.
La Commission des Grands Projets, outil dormant à réveiller d’urgence
Pour transformer ces projets en réalité, l’IACE appelle à l’activation immédiate de la Commission des Grands Projets, instituée par le décret 2024-497 mais restée sans activité réelle depuis sa création. Cette commission est conçue pour créer une dynamique d’investissement combinant initiative publique et partenariats public-privé, en surmontant les blocages administratifs et interministériels qui paralysent les grands chantiers depuis des années. De même, la commission de restructuration des entreprises publiques, dotée d’une ligne spécifique de 100 millions de dinars pour 2026, devra adopter un agenda précis pour assainir les entreprises publiques qui constituent souvent un frein plutôt qu’un levier pour les projets d’investissement. La crise, conclut l’IACE, peut être une opportunité à condition que les décideurs transforment l’urgence en impulsion réformatrice plutôt qu’en paralysie.