16 milliards de dinars de déficit attendu en 2026, soit 8,5 % du PIB; contre 11 milliards prévus dans la loi de finances initiale. C’est l’alerte chiffrée que lance l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises dans sa note « Reprise économique en période d’incertitude pour la Tunisie ». La guerre en Iran fait exploser les subventions carburant et entraîne les finances publiques tunisiennes dans une zone de danger inédite.
Le budget de l’État tunisien pour 2026 avait été construit sur un prix du baril de pétrole à 63,3 dollars. Depuis le déclenchement de la guerre en Iran, ce prix a bondi à 100 dollars, un niveau comparable à celui atteint en pleine crise ukrainienne de 2022. Le rapport sur le budget de l’État 2026 établit que chaque dollar de hausse au-delà de la prévision initiale engendre un besoin de financement supplémentaire d’environ 164 millions de dinars au titre de la compensation des hydrocarbures. Sur la base d’un prix à 100 dollars, l’écart représente donc un surcoût brut de 6 milliards de dinars, dont un tiers seulement pourrait être absorbé par les opérateurs publics comme l’ETAP sur financement bancaire.
À ce choc pétrolier s’ajoute un effet sur les céréales importées, dont les prix subissent historiquement environ 35 % de la hausse du prix du pétrole en raison du coût des engrais azotés à base de gaz naturel.
En intégrant l’effet sur les subventions céréalières et les autres produits alimentaires subventionnés, le déficit budgétaire prévu passerait ainsi de 11 milliards de dinars à 16 milliards de dinars. Soit 8,5 % du PIB pour l’ensemble de l’année 2026.
Un financement qui étouffe l’économie privée
Cette impasse budgétaire de 16 milliards de dinars devra être financée principalement par la Banque centrale de Tunisie et le système bancaire. Les emprunts extérieurs nets étant limités à environ 4 milliards de dinars comme lors des années précédentes. Les emprunts intérieurs nets de l’État atteindraient ainsi 12 milliards de dinars. Ce qui nécessiterait une croissance de la masse monétaire au sens large de 8,3 %.
Or, ce niveau de création monétaire atteint précisément le plafond communément admis pour financer l’ensemble de l’économie, sur la base d’une croissance nominale du PIB 2026 de 8 %, soit 2 % de croissance réelle et 6 % d’inflation. Ce qui reste pour financer les entreprises et les ménages est donc quasiment nul.
L’IACE avertit que cet excédent de liquidités ne trouvant pas à s’investir dans l’économie productive pourrait alimenter deux phénomènes parallèles et néfastes : d’un côté, la spéculation financière et immobilière, de l’autre, une nouvelle vague inflationniste aggravée par un niveau de réserves de change insuffisant pour absorber la pression importatrice.
La question brûlante des subventions
Au cœur de la problématique budgétaire se trouve la question des subventions énergétiques. L’IACE juge qu’un ajustement progressif des prix locaux est nécessaire pour alléger les charges de l’État, tout en protégeant les ménages les plus vulnérables via des mécanismes de compensation adaptés. Cette démarche paraît techniquement réalisable pour l’électricité et le gaz naturel, grâce aux systèmes de tarification progressive qui permettent de faire payer davantage les gros consommateurs. En revanche, elle se révèle bien plus délicate pour les produits pétroliers raffinés et le gaz en bouteille, massivement consommés par les classes moyennes et aisées, dont la résistance politique à toute hausse de prix constitue un obstacle de taille.