Au forum de L’Économiste maghrébin, jeudi 21 mai 2026 à Tunis, l’économiste Ferid Belhaj a présenté depuis Washington un diagnostic structuré : la souveraineté tunisienne, à 70 ans d’indépendance, doit être repensée autour de quatre piliers (humain, alimentaire, financier et énergético-technologique), faute de quoi elle restera une fiction.
Le cadre de l’intervention est mondial. M. Belhaj pose le concept de « polycrise » : un régime où les vulnérabilités économiques, climatiques, énergétiques, technologiques et géopolitiques ne se succèdent plus mais se cumulent et se renforcent mutuellement. Pandémie, guerre en Ukraine, perturbations des routes maritimes, montée de l’intelligence artificielle… Ces chocs ont, selon lui, fracturé les équilibres sur lesquels reposait le modèle tunisien depuis des décennies. « Le monde change très vite, et la Tunisie ne peut plus penser son avenir avec les outils intellectuels des années 1980 », assure-t-il.
Sur le plan géostratégique, M. Belhaj soutient que la Tunisie, positionnée au croisement de l’Europe, de l’Afrique, de la Méditerranée et des grandes routes logistiques, détient un actif distinct de ses voisins disposant de ressources énergétiques. Sa thèse : la géopolitique de l’énergie se mue en géopolitique des réseaux, et la valeur d’un territoire se mesurera désormais à sa capacité à organiser les flux. Il développe des implications concrètes autour du détroit de Sicile et des infrastructures de demain.
Sur le capital humain, il met en évidence un paradoxe : la Tunisie forme des ingénieurs, des médecins et des développeurs sollicités à l’international; tandis que le chômage des jeunes diplômés atteint des niveaux qualifiés d’alarmants et que l’hémorragie des compétences s’accélère.
Sa formulation : « Former sans offrir de perspective, c’est financer la compétitivité des autres ». Il en tire une conclusion de politique publique : former des spécialistes en intelligence artificielle, cybersécurité ou énergie relève d’une politique de souveraineté, pas seulement d’une politique éducative.
Sur la souveraineté financière, Ferid Belhaj s’appuie sur des données chiffrées et des comparaisons internationales pour mettre en lumière un mécanisme structurel liant le comportement du système bancaire tunisien à l’atrophie de l’investissement productif.
Sur le volet agricole et hydrique, il place la question de l’eau au cœur de la résilience alimentaire du pays pour les décennies à venir.
L’intervention se conclut sur une question de long terme : quelle Tunisie en 2056, au centenaire de l’indépendance ? L’intégralité de l’analyse sera publiée dans le numéro 945 de L’Économiste Maghrébin en kiosques du 3 au 17 juin 2027.