À l’occasion du Forum 2026 de L’Économiste maghrébin, organisé 70 ans après l’indépendance de la Tunisie, l’ambassadrice de France, Anne Guéguen, a souligné la solidité des relations tuniso‑françaises et l’importance du partenariat avec l’Union européenne.
Elle a rappelé les liens historiques et économiques profonds qui unissent la Tunisie à l’UE, les échanges représentant 45% du PIB et investissements massifs et a pointé trois priorités pour renforcer ce partenariat : capital humain, transition énergétique et connectivité. Anne Guéguen, a souligné l’importance des relations tuniso‑françaises, qu’elle a qualifiées de solides, denses et fondées sur la confiance.
Elle a ajouté : “ Je voudrais surtout évoquer l’Union européenne, puisque c’est notre sujet de discussion. Permettez‑moi de commencer par un peu d’histoire. La Tunisie célèbre cette année ses 70 ans d’indépendance, et l’idée européenne a presque le même âge : le traité de Rome date de mars 1957, nous en sommes à 69 ans, bientôt 70. J’évoque cela parce que la Tunisie et l’Union européenne se sont construites en parallèle. Les pays fondateurs ont fait le choix souverain de transférer une partie de leur souveraineté à Bruxelles en confiant à l’Union une compétence commerciale exclusive. Ce choix a contribué à consolider entre Européens un espace de paix et de prospérité dont nos voisins du pourtour méditerranéen, et en particulier la Tunisie, ont également bénéficié. L’Union européenne a toujours oscillé entre ouverture vers l’est et attention au sud.”
Elle a rappelé que la France, aux côtés d’autres États comme l’Italie, n’a cessé de plaider pour que l’UE n’oublie pas son versant méditerranéen, précisant : “ La France, pays méditerranéen, contribue à construire ces ponts solides avec les voisins de la rive sud.”
Cette construction parallèle, Union européenne et Tunisie indépendante s’est révélée mutuellement bénéfique, comme l’illustrent les chiffres. En 1980, les échanges bilatéraux s’élevaient à environ 2 milliards d’euros ; ils ont fortement augmenté après l’accord d’association de 1995 et dépassent aujourd’hui 25 milliards d’euros. Cette montée en puissance s’est accompagnée d’une intégration poussée des chaînes de valeur industrielles au niveau euro‑méditerranéen.
Sur le plan économique, les échanges entre la Tunisie et l’Union européenne représentent l’équivalent de 45% du PIB tunisien. À titre de comparaison, la part des échanges de la Suisse avec l’UE est d’environ 40%. Les investissements européens en Tunisie sont nombreux : l’an dernier, plus de 73% des flux d’investissements directs étrangers provenaient d’Europe, avec plus de 800 projets. Ces investissements ont généré une large part des créations d’emplois liées aux IDE. Exemple parlant : en valeur, Malte (petit État membre) réalise des investissements directs en Tunisie trois fois supérieurs à ceux de la Chine, ce qui illustre la force de la logique de proximité.
Cette logique repose sur une rationalité économique et commerciale solide : gains de compétitivité, relocalisations partielles et diversification des chaînes d’approvisionnement. Ces dynamiques se sont encore accélérées après les chocs externes récents la pandémie de Covid‑19, la guerre en Ukraine et les tensions actuelles au Moyen‑Orient.
Pour conclure, Anne Guéguen a identifié trois priorités pour renforcer ce partenariat:
-Capital humain : renforcer l’ensemble de la chaîne éducation‑formation, enseignement scolaire, enseignement supérieur, recherche et formation professionnelle.
-Transition énergétique et écologique : un véritable » game changer » pour la Tunisie, positif pour les finances publiques, la souveraineté économique, la compétitivité et l’attractivité des investissements, et susceptible de favoriser la cohésion sociale ; des progrès sont visibles, mais il faut accélérer.
-Connectivité : numérique, maritime et aérienne, à renforcer pour tirer parti des logiques de proximité, de de-risking et de nearshoring ; il faudra concevoir des projets à la hauteur des ambitions tunisiennes en matière de développement.