L’Union européenne (UE) prépare une nouvelle série de règles visant à transformer en profondeur les chaînes d’approvisionnement des entreprises des 27 pays. Et ce, dans le but de réduire leur dépendance à la Chine et de renforcer la sécurité économique du bloc.
Selon des informations relayées le 18 mai, la Commission européenne travaille sur un dispositif réglementaire qui imposerait aux entreprises opérant dans des secteurs stratégiques – notamment les industries chimiques, mécaniques et manufacturières – de diversifier leurs sources d’approvisionnement en composants essentiels.
Le principe central de la réforme repose sur une obligation de multi-sourcing : les entreprises devraient s’approvisionner auprès d’au moins trois fournisseurs différents pour chaque composant critique, avec une limitation de la dépendance à un seul fournisseur, qui ne pourrait dépasser environ 30 à 40 % des volumes totaux.
Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large qualifiée de « de-risking », qui vise à réduire les vulnérabilités européennes sans pour autant rompre les liens commerciaux avec Pékin. L’objectif affiché est d’éviter qu’une dépendance excessive à un seul pays ne fragilise les industries européennes en cas de tensions géopolitiques ou de perturbations des exportations.
Les autorités européennes estiment que les crises récentes et actuelles – pandémie de Covid-19, tensions commerciales, guerre au Moyen-Orient et restrictions chinoises sur certaines matières premières critiques – ont mis en évidence les limites du modèle d’interdépendance actuel. Certaines restrictions décidées par Pékin sur les terres rares et composants industriels ont notamment perturbé la production dans plusieurs secteurs, dont l’automobile.
Dans ce contexte, Bruxelles cherche à renforcer la résilience de son tissu industriel en imposant une diversification systématique des fournisseurs et en limitant les situations de dépendance quasi exclusive. Cette réforme pourrait également s’accompagner de mesures complémentaires, telles que des incitations à relocaliser certaines productions ou à développer des partenariats avec des pays tiers.
Si elle est adoptée, cette nouvelle réglementation marquerait une étape importante dans la politique industrielle européenne, traduisant un basculement stratégique : d’une logique d’optimisation des coûts vers une logique de sécurité et de souveraineté économique.