Et si l’art réconciliait une Méditerranée fracturée ? La Saison Méditerranée 2026 (15 mai-31 octobre) s’ouvre en beauté à Marseille avec les ministres français de la Culture et des Affaires étrangères. Cinq pays phares, Tunisie, Égypte, Liban, Maroc, Algérie, irriguent la France de centaines de projets artistiques pluridisciplinaires, avant un clap de fin tunisien à la Biennale El Jaou. Pari audacieux : forger de nouveaux imaginaires, booster les liens franco-maghrébins et honorer les diasporas, au cœur des tensions régionales. Louis Logodin, attaché culturel à l’IFT, passe en revue ce programme riche en art. Interview.
Quels sont les enjeux de la Saison Méditerranée de cette édition qui s’étale du 15 mai au 31 octobre 2026?
L’ouverture aura lieu le 15 mai à Marseille, avec un week-end en présence de la ministre de la Culture et du ministre des Affaires étrangères français. On mobilise aussi les représentations des pays prioritaires : la Tunisie, l’Égypte, le Liban, le Maroc et l’Algérie.
Très concrètement, deux appels à projets lancés l’année dernière ont recensé des centaines de projets artistiques pluridisciplinaires : livres, spectacles vivants, arts visuels, coopérations universitaires, arts-sciences, art numérique, etc. Dès le 15 mai, ces projets se dérouleront dans toute la France, avec un temps fort à Marseille. Ensuite, on remontera vers le nord : Olfa Feki, commissaire tunisienne, pour une grande expo à Lille ; focus danse tunisienne dans un festival contemporain près de Paris avec les Ateliers de Paris ; temps forts musicaux avec des artistes tunisiens à Nantes…
L’enjeu est de créer de nouveaux imaginaires méditerranéens via les arts et la culture, en lien avec ces cinq pays. Cela rend hommage aux coopérations bilatérales existantes, les dynamise, les valorise et s’adresse aux diasporas en France. Initialement prévue en simultané en France et dans ces pays, des complications financières ont conduit à un démarrage en France, avec une clôture dans les cinq pays. En Tunisie, fin octobre, lors de la Biennale El Jaou : expositions, grand concert (nom tenu secret avant annonce). Parallèlement, on labellise des projets pour incarner la saison via la coopération franco-tunisienne quotidienne.
À travers ce programme, on note une forte mobilisation tunisienne. Quel travail peut-on mener aujourd’hui sur la coopération artistique franco-tunisienne, qui ne cesse d’évoluer ? À l’heure actuelle, on parle d’immersion virtuelle et d’autres innovations. Comme le disait Héraclite, « rien ne dure sauf le changement ».
Oui, les artistes s’adaptent aux contextes, enjeux sociétaux et médiums. Au début des années 2000, on parlait du « nouvel art » multimédia, mais les artistes innovent toujours avec leurs outils. Pour la coopération franco-tunisienne, l’enjeu est de la faire vivre : soutien aux partenaires tunisiens via l’envoi de pros pour repérage en France ; artistes tunisiens pour formation ou créations françaises ; accueil d’artistes français en Tunisie, comme au programme de la villa Salammbô pour résidences. La Tunisie inspire et booste le soft power tunisien chez les créateurs français.
L’art évolue, on modernise l’image de la France via des artistes contemporains aux pratiques novatrices : une France inclusive, diverse, actuelle. Une attention particulière aux diasporas tunisiennes en France : on les invite en Tunisie pour des concerts, spectacles, résidences. Ce sont les premiers ambassadeurs de notre coopération culturelle.
Le mot de la fin.
J’espère que la Saison Méditerranée touchera les publics français et tunisiens. Malgré la complexité politique et les actualités méditerranéennes qui nous dépassent, l’art et la culture célèbrent les liens entre pays. Célébrons-les en conscience de ce qui se passe dans nos mers.