La guerre au Moyen-Orient provoque un nouveau choc économique mondial, menaçant de freiner la reprise dans ces trois vecteurs principaux, en l’occurrence l’énergie, les chaînes d’approvisionnement et les marchés financiers. C’est l’avertissement lancé par des directeurs de départements du Fonds monétaire international (FMI).
Ce choc est mondial, mais asymétrique. Les pays importateurs d’énergie sont plus exposés que les exportateurs, les pays pauvres le sont plus que les riches, et ceux dont les marges de manœuvre sont étriquées le sont plus que ceux dotés de réserves, estiment encore les responsables du FMI, dans une analyse publiée le 1er avril 2026.
L’énergie, principal canal de transmission des effets de la guerre
Le principal canal de transmission est le marché de l’énergie. Le blocage de facto du détroit d’Ormuz, par où transitent 25 à 30 % du pétrole mondial et 20 % du gaz naturel liquéfié, représente la plus grave perturbation de l’histoire du marché pétrolier selon l’Agence internationale de l’énergie. Pour les pays importateurs de combustibles, l’effet produit s’apparente à celui d’un impôt sur le revenu massif, appliqué de façon soudaine.
L’onde de choc se fait sentir dans plusieurs régions. Les pays importateurs d’énergie en Afrique, dans le Moyen-Orient et en Amérique latine, dont les espaces budgétaires et les réserves externes étaient déjà limités, subissent de surcroît l’alourdissement de la facture des importations.
Menaces sur le secteur agricole et la sécurité alimentaire
Le conflit reconfigure également les échanges commerciaux entraînant une hausse des coûts de fret et d’assurance ainsi que des délais de livraison prolongés.
L’inquiétude grandit particulièrement pour le secteur agricole. L’acheminement des engrais, dont environ un tiers transite par le détroit d’Ormuz, étant également perturbé, les préoccupations montent concernant les prix des denrées alimentaires. L’interruption des approvisionnements de nutriments agricoles en provenance du Golfe intervient précisément au moment où la saison des semis débute dans l’hémisphère Nord, menaçant les rendements et les récoltes tout au long de l’année, et renchérissant les denrées alimentaires.
Risques inflationnistes
Sur le plan monétaire, la persistance de prix élevés pour l’énergie et l’alimentation fait resurgir le spectre d’une inflation tenace. Par le passé, les hausses prolongées des prix du pétrole ont eu tendance à attiser l’inflation et à ralentir la croissance. À la longue, la hausse des coûts du transport et des intrants finit par se propager aux prix des produits manufacturés et des services. Pour de nombreux pays qui venaient tout juste de ramener l’inflation proche de la valeur cible, et encore davantage pour ceux qui connaissent une inflation tenace, cette situation pourrait enclencher un nouveau cycle de pressions sur les prix avec leurs lots de désagréments.
Cette situation pourrait, selon les directeurs du FMI, contraindre les banques centrales à maintenir des conditions financières serrées, augmentant la charge du service de la dette pour les pays émergents et à faible revenu dont les réserves sont déjà limitées.
Le FMI a souligné que l’ampleur des dégâts dépendra de la durée et de l’étendue du conflit, ajoutant qu’il publiera une évaluation exhaustive de la situation dans ses Perspectives de l’économie mondiale et son Rapport sur la stabilité financière dans le monde, qui seront tous deux publiés le 14 avril courant, ainsi que dans son Moniteur des finances publiques qui paraîtra le lendemain.