Les prix du pétrole brut ont grimpé à plus de 72 dollars le baril (livraison avril 2026) dans la soirée de dimanche 1er mars 2026. Les marchés craignant que la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran ne devienne incontrôlable et n’entraîne une perturbation majeure de l’approvisionnement. Le benchmark international, le Brent a bondi, se rapprochant des 80 dollars.
Que d’interrogations
La vague massive de frappes aériennes lancées par les États-Unis et Israël contre l’Iran a tué le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et d’autres hauts responsables de la République islamique. La grande question est de savoir qui va gouverner le quatrième producteur de pétrole de l’OPEP.
La réaction ultime du marché pétrolier dépendra de savoir si la guerre entraîne une perturbation prolongée du trafic à travers le détroit d’Ormuz, le point de passage le plus important au monde pour le commerce mondial du pétrole. Le trafic des pétroliers à travers le détroit a déjà effectivement cessé, les compagnies maritimes prenant des mesures de précaution. Plus de 14 millions de barils par jour transitaient en moyenne par le détroit en 2025 Soit environ un tiers du total des exportations maritimes mondiales de brut. Environ les trois quarts de ces exportations sont destinées à la Chine, à l’Inde, au Japon et à la Corée du Sud.
Le président Donald Trump a déclaré que les opérations de combat se poursuivraient jusqu’à ce que tous les objectifs américains soient atteints. Au début de la semaine, il avait annoncé que l’Iran voulait négocier et qu’il avait accepté de le faire, laissant ouverte la possibilité d’une désescalade qui éviterait une perturbation importante et prolongée.
Vers les 100 dollars le baril ?
Le Brent pourrait atteindre 100 dollars le baril si la situation sécuritaire se dégrade au Moyen-Orient. Il est possible que le marché soit confronté à une perturbation matérielle qui enverrait les prix spot du Brent au-dessus de 120 dollars le baril, selon UBS.
La manière dont les événements vont se terminer est extrêmement incertaine à ce stade. En attendant, les marchés pétroliers devront faire face à leurs pires craintes Et il est difficile d’estimer l’effet potentiel sur les marchés.
Les exportations de pétrole iranien pourraient également s’effondrer en raison de l’incertitude quant à savoir qui est aux commandes à Téhéran, des troubles intérieurs et des grèves du travail dans ses régions pétrolifères et ses ports. A noter que l’Iran produit environ 3,3 millions de barils par jour.
Impact sur la Tunisie
A ce stade, et dans le cas d’un conflit de courte durée, les conséquences sur la Tunisie seront très limitées. Néanmoins, s’il se prolonge et si les prix persistent à des niveaux élevés, nous pouvons parler d’un choc externe pour les finances publiques. Alors que le prix moyen du baril retenu dans le cadre de la loi des finances 2026 s’élève à 63,3 dollars le baril de Brent, la facture énergétique de ces premiers mois de l’année est significativement plus élevée qu’attendu. Avec le prix moyen estimé, la subvention programmée représente 27 % du coût de revient pour l’Etat.
Le gaz est lourdement subventionné, à hauteur de 71 % du coût et les prix mondiaux sont montés dans les échanges depuis dimanche soir. Ce qui pourrait mettre encore de la pression sur la facture énergétique de l’année.
Le gouvernement s’attendait à une réduction de l’enveloppe consacrée aux subventions à 9 772 MDT. Une augmentation d’un dollar du prix du baril (le prix moyen tout au long de l’année) entraîne une hausse des dépenses de subvention de 164 MDT.
Pour les entreprises tunisiennes, la facture des importations sera plus coûteuse. D’ailleurs, le coût de l’assurance du transport maritime a grimpé. Selon Capital Economics, un conflit prolongé affectant l’offre du pétrole pourrait ajouter entre 60 et 70 points de base à l’inflation mondiale. Bien évidemment, nous allons les retrouver automatiquement dans notre indice des prix. La dose de prudence de la Banque centrale de Tunisie dans sa politique monétaire, jugée excessive par certains, montre aujourd’hui qu’elle a du sens.