Parlant de l’invasion sanglante du Liban, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé le 31 mai un « changement radical de politique. » Sur le terrain, les envahisseurs israéliens progressent de plus en plus profondément à l’intérieur du Liban, atteignant des zones situées au nord du Litani où ils ont pris d’assaut le château de Beaufort.
Construit par les Croisés au milieu du XIIe siècle, le château de Beaufort surplombe le fleuve Litani. C’est la deuxième fois que les troupes israéliennes s’emparent de cette forteresse. La première fois remonte à la guerre 1982 déclenchée par Menahem Begin et Ariel Sharon… Au temps des drones et des missiles, la prise de cette forteresse ne revêt aucune importance militaire ou stratégique pour les envahisseurs. Cela n’a pas empêché Netanyahu de se vanter que « la conquête du château prouvait qu’Israël était plus uni et plus fort que jamais. »
La réalité est que Netanyahu est dans un état désespéré. C’est ce désespoir qui le pousse à engager son pays dans le bourbier libanais dans lequel il s’est englué en 1982 et en 2006 et duquel Israël se retira défait, humilié, la mort dans l’âme et la queue entre les jambes.
De nombreuses raisons expliquent le grand désespoir qui afflige Netanyahu et le pousse à cette fuite en avant suicidaire non seulement pour lui, mais pour le pays qu’il prétend diriger et défendre.
Tout d’abord, et malgré l’étrange intervention de Trump auprès du président israélien Isaac Herzog pour obtenir que son ami soit gracié, c’est-à-dire lavé des crimes de corruption dont il est accusé, Herzog a refusé la grâce et la justice a répondu ‘niet’ à la demande de grâce formulée par le corrompu lui-même, invoquant « l’intérêt national ».
Ensuite, il ne reste que trois mois pour les élections, prévues en septembre prochain. Plus l’échéance électorale arrive, plus Netanyahu est angoissé de se voir défait et, à la suite de sa défaite hautement probable, menotté et jeté en prison.
Une autre raison du désespoir de Netanyahu est l’énorme fossé entre les nombreux fronts ouverts (Gaza, Cisjordanie, Liban, Syrie, Yémen, Iran) et une armée épuisée, au bout du rouleau et dont les stocks en matériel de guerre et en munitions se réduisent de jour en jour. Une situation décrite par le chef d’état-major israélien en ces termes : « Pour pouvoir combattre sur les fronts que nous avons ouverts, il nous faut six armées… »
Mais la principale raison du désespoir de Netanyahu vient de la tournure désastreuse pour Israël et les Etats-Unis de la guerre contre l’Iran et sur laquelle il comptait pour transformer son pays minuscule en « une grande puissance régionale » et concrétiser son rêve du « Grand Israël du Nil à l’Euphrate ».
Netanyahu rêvait depuis 40 ans de cette guerre qui, dans son monde illusoire, serait le moyen magique qui ferait disparaitre comme par enchantement tous les obstacles qui se dressent face aux folles ambitions du projet sioniste.
Et quand il a pu enfin trouver un président américain qui lui ferait sa guerre contre l’Iran, son rêve se transforma en cauchemar à deux reprises. La première fois en juin 2025, quand l’Iran riposta de manière si dévastatrice pour Israël et si inattendue par Trump et Natanyahu que celui-ci pria celui-là d’arranger un cessez-le-feu avec les Iraniens.
La deuxième fois, février-mars 2026, le cauchemar de Netanyahu est plus grand encore. Après plus de cinq semaines de combats et des conséquences dévastatrices pour les agresseurs, c’est l’Iran qui émerge de la désastreuse mésaventure israélo-américaine comme une vraie grande puissance régionale. Il utilise contre les agresseurs une arme qui s’avère plus efficace que l’arme nucléaire : le détroit d’Ormuz…
Avec un Iran plus fort et plus défiant qu’il n’a jamais été, Netanyahu, désespéré et la mort dans l’âme, voit son projet de domination du Grand-Moyen-Orient et d’expansion des frontières d’Israël « du Nil à l’Euphrate » s’effondrer comme un château de cartes.
Enfin, Netanyahu est désespéré face aux voix de personnalités influentes en Israël qui commencent à s’exprimer de plus en plus fort pour réclamer le retour à « la politique préconisée par Ben Gourioun ». D’après la presse israélienne qui se fait l’écho de ces voix, « Ben Gourioun affirmait qu’Israël est un petit pays avec une petite armée et n’a pas les moyens de conquérir d’autres terres. Il nous faut vivre à l’intérieur de nos frontières et mettre sur pied une armée défensive et non offensive. »
Ses successeurs, de Menahem Begin à Benyamin Netanyahu, ont tous pris le contre-pied du « conseil de sagesse de Ben Gourioun ». Le réveil est cauchemardesque pour le peuple israélien et ses dirigeants.