Officiellement créé par Donald Trump pour gérer la reconstruction de la bande de Gaza, le « Conseil de la paix » est en réalité une machine de guerre qui a pour but d’offrir une alternative à l’ONU pour régler les conflits dans le monde. A la hache.
Créée en 1945 suite aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale, l’ONU serait morte cliniquement. Place donc à une nouvelle organisation, le Conseil de paix, un club version Maga et business, présidé par Donald Trump en personne et dont le but consisterait à « œuvrer à la résolution des conflits dans le monde ». Avec, tenez-vous bien, un ticket d’entrée d’un milliard de dollars pour un siège permanent.
Folie des grandeurs ? Une nouvelle initiative loufoque d’un homme qui n’a de cesse depuis un an, jour après jour de sa réélection à la tête des Etats-Unis, de saturer l’espace médiatique par ses interventions quotidiennes à l’interne et à l’international ?
Toujours est-il que le projet de « charte » que le président américain veut vendre au monde, révèle une initiative et un mandat bien plus vastes que la seule question de Gaza, et semble en faire un véritable substitut des Nations unies.
Le dit Conseil est « une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits ». C’est ce qu’il ressort du préambule de ce texte de huit pages envoyé aux États invités à y siéger.
L’ONU dans le viseur de Trump
D’emblée, le texte de la charte lance la couleur : puisque les « approches et institutions ont trop souvent échoué », une allusion à peine voilée à l’ONU, il est nécessaire d’avoir « le courage » de s’en « écarter » en faveur d’ « une organisation de paix internationale plus agile et efficace ». Ainsi, le président américain, de longue date un critique virulent de l’institution onusienne, veut se créer un cadre sur mesure pour instaurer sa loi, celle de la jungle, au niveau international.
N’a-t-il pas signé le 7 janvier en cours un décret ordonnant le retrait des Etats-Unis de 66 organisations internationales qui « ne servent plus les intérêts américains » selon la Maison Blanche ?
N’avait-il pas, comme lors de son premier mandat, décidé de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat et de l’UNESCO que les Etats-Unis avaient réintégrés sous la présidence de Joe Biden ?
N’avait-il pas également claqué la porte de l’Organisation mondiale de la santé et largement coupé l’aide américaine à l’étranger? Amputant ainsi les budgets de nombreuses organisations comme le Haut commissariat aux réfugiés ou le Programme alimentaire mondial.
Un président de pacotille
Cette nouvelle organisation sera évidemment présidée par Donald Trump avec des pouvoirs très étendus. Presque président à vie, à l’instar des dictatures du Tiers-Monde, l’actuel locataire de la Maison Blanche pourra se désigner un successeur à tout moment, et ne sera remplacé qu’en cas de « démission volontaire » ou d’« incapacité ». Il est également le seul habilité à inviter d’autres chefs d’État et de gouvernement à intégrer son club fermé et peut révoquer leur participation; sauf en cas de veto par une majorité des deux tiers des États membres.
Si les décisions sont prises à la «majorité des États membres», qui ont chacun «une voix», elles sont aussi «soumises à l’approbation du président ». Ce qui confère de facto un droit de veto à Donald Trump, qui a aussi la main sur l’agenda.
Chaque Etat-membre exercerait un mandat d’une durée maximale de trois ans à compter de l’entrée en vigueur de la présente charte, renouvelable par le président. Mais il introduit aussi un mécanisme permettant d’acheter une place de membre permanent, au prix du versement d’un milliard de dollars.
Déjà, il aura envoyé des invitations depuis le week-end dernier aux alliés traditionnels des Etats-Unis la France, l’Allemagne ou le Canada; mais aussi à la Russie de Vladimir Poutine. Le Kremlin a confirmé, lundi 19 janvier, que le maître du Kremlin Poutine avait été invité à « se joindre à la composition du Conseil de paix ». Sans oublier l’Italie, la Hongrie, l’Albanie, l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Égypte, la Jordanie, la Turquie ou encore l’Inde.
Réactions embarrassées
Si les réactions des dirigeants ayant reçu l’invitation étaient plutôt embarrassées- Moscou veut « clarifier toutes les nuances » de cette proposition avec Washington avant de se prononcer; le gouvernement allemand a exprimé la nécessité de se « coordonner » avec ses partenaires; la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen « réserve sa réponse »; le Premier ministre canadien Mark Carney décide « d’accepter l’invitation », mais « le Canada ne va pas payer pour un siège au Conseil », en référence au milliard de dollars requis pour obtenir un siège permanent au sein de ce « Conseil », le refus de Paris était catégorique et sans appel.
Ainsi, la France « n’entend pas donner de suite favorable » à ce stade à l’invitation reçue pour rejoindre un Conseil de paix voulu par Donald Trump, qui « soulève des questions majeures », a déclaré l’entourage d’Emmanuel Macron.
Car, la charte de cette initiative « dépasse le seul cadre de Gaza et soulève des questions majeures, en particulier quant au respect des principes et de la structure des Nations unies, qui ne sauraient en aucun cas être remis en cause ».
Décidément, le président français qui aura avalé tant de couleuvres de la part des Américains et qui vient d’être publiquement humilié par Donald Trump, se rebiffe. On le serait à moins !