La Tunisie entend renforcer ses échanges commerciaux avec la Russie en exploitant un potentiel d’exportation encore inexploité de 27 millions de dollars. Et ce, tout en relançant les arrivées de touristes russes. Ces objectifs sont au cœur de sa participation au troisième Sommet Russie-Afrique, organisé à Moscou les 28 et 29 octobre 2026, sur le thème « Pour la paix, la sécurité et le développement ».
Amira Jouwadi, directrice du bureau du Centre de promotion des exportations (CEPEX) à Moscou précise que les opportunités d’exportation tunisiennes non exploitées sur le marché russe sont estimées à 27 millions de dollars. L’huile d’olive arrive en tête, avec un potentiel supplémentaire évalué à environ 5 millions de dollars. Les secteurs de la chaussure et des composants et équipements médicaux présentent, eux aussi, des perspectives de développement, avec des opportunités estimées à 1,7 million de dollars.
Les échanges commerciaux entre la Tunisie et la Russie ont progressé de 14 % au cours des neuf premiers mois de 2026, pour atteindre environ 32,5 millions de dinars, selon les données communiquées à cette occasion.
Les industries agroalimentaires représentent actuellement près de 70 % des exportations tunisiennes vers la Russie. Elles comprennent notamment l’huile d’olive, les dattes et le concentré de tomates. Le textile-habillement et les industries mécaniques figurent également parmi les secteurs présents sur ce marché.
Des obstacles logistiques et financiers à surmonter
Pour transformer ce potentiel en contrats concrets, le CEPEX, l’ambassade de Tunisie à Moscou et l’Office national du tourisme tunisien multiplient les initiatives de promotion. La participation à un pavillon tunisien commun lors du sommet s’accompagne de rencontres d’affaires entre entreprises tunisiennes et russes, ainsi que d’une présence dans des salons professionnels, notamment WorldFood Moscow, à Moscou, et Peterfood, à Saint-Pétersbourg.
Les exportateurs restent toutefois confrontés à plusieurs contraintes, notamment l’absence de liaisons maritimes directes et les restrictions financières imposées à la Russie. Ces difficultés les incitent à rechercher des mécanismes alternatifs pour maintenir les échanges entre les deux pays.
Tourisme : la Tunisie veut retrouver les 600 000 visiteurs russes
Sur le plan touristique, la Tunisie cherche également à reconquérir le marché russe, longtemps considéré comme stratégique. Elle mise sur la diversité de son offre, qui associe patrimoine culturel, gastronomie, tourisme saharien et écotourisme.
Naji Ghouider, représentant de l’Office national du tourisme tunisien à Moscou, estime que les touristes russes privilégient les séjours relativement longs, dépassant en moyenne dix nuitées. Ils optent notamment pour des établissements trois et quatre étoiles ainsi que pour des circuits de découverte. Pour répondre à leurs attentes, les professionnels tunisiens adaptent leurs services, en renforçant notamment la disponibilité du personnel qualifié, des guides russophones et de la signalétique en langue russe.
A cet égard, notons que la Tunisie avait accueilli un nombre record de 600 000 touristes russes en 2019. Les arrivées ont ensuite ralenti à la suite du déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, avant de connaître une reprise progressive.
En 2025, le pays a reçu 35 000 visiteurs russes, grâce notamment aux six vols hebdomadaires directs assurés par Nouvelair. Au 20 octobre 2026, leur nombre avait atteint 51 000, relève Naji Ghouider. Cette progression s’explique notamment par l’arrivée de la compagnie Pyramids Airlines, qui a contribué à porter à 13 le nombre de vols hebdomadaires au départ de Moscou et de Saint-Pétersbourg. Les liaisons directes depuis la Biélorussie, assurées par Belavia, ainsi que depuis l’Arménie, ont également repris.
Pour le représentant de l’ONTT, la disponibilité de vols directs sans escale constitue le principal critère dans le choix de la destination par les touristes russes. Il estime que le retour au niveau de 600 000 visiteurs reste envisageable, à condition d’accroître les capacités du transport aérien.
Parmi les mesures proposées figurent l’attribution de quotas de sièges aux tour-opérateurs sur les vols de la compagnie nationale Tunisair. De même que la création d’une liaison régulière entre la Russie et l’aéroport Tunis-Carthage, à raison de deux vols par semaine.
La participation accrue des professionnels tunisiens aux grands rendez-vous internationaux, notamment au salon international du tourisme et des voyages MITT de Moscou, ainsi que l’organisation d’ateliers et de tournées promotionnelles, devraient également contribuer à renforcer l’attractivité de la destination tunisienne.
Au-delà des arrivées touristiques, ces initiatives visent à dynamiser les échanges commerciaux et le tourisme d’affaires entre les deux pays.