Un romancier peut-il encore se dire seul auteur de son livre quand l’IA a servi dans son processus de création ? La question agite l’édition francophone depuis que le compte X Balance ton Claude a accusé « C’était ça ou mourir » de reposer sur un recours massif à l’intelligence artificielle. Le Goncourt a écarté le roman de Thélyson Orélien. Mercredi 21 octobre, son éditeur Boréal a annoncé la fin de leur collaboration.
« Le livre a été écrit par moi. » Thélyson Orélien l’affirme au quotidien français Libération, tout en reconnaissant avoir utilisé l’intelligence artificielle « dans le processus de création », pour des « recherches historiques ». L’écrivain dit avoir tout expliqué à des proches, mais doute désormais d’être cru : « Je ne pense pas que ma parole vaille quelque chose ». Il poursuit : « Ce que je suis en train de vivre, c’est énorme, cela a dépassé le cadre littéraire, cela va trop loin. »
Une analyse externe aux conclusions limitées
Tout s’est déroulé en deux temps. Boréal explique avoir d’abord proposé à Thélyson Orélien de l’aider à réunir un dossier. Ce dossier devait retracer son processus de création et établir son innocence. L’exercice n’a rien tranché. L’écrivain a ensuite annoncé qu’il ne fournirait aucun autre élément. La maison d’édition affirme ne pas vouloir jouer auprès de ses auteurs et autrices « un rôle d’enquêteur ». Selon elle, « cette situation extraordinaire » lui imposait toutefois « la nécessité de ne pas en rester là ».
Elle a donc rassemblé l’ensemble des versions de travail du roman. Elle a commandé une analyse externe approfondie. Cette semaine, celle-ci a révélé des traces de balises d’IA dans les métadonnées de certains documents. Boréal en reconnaît les limites : « Nous ignorons toujours dans quelle mesure l’IA a été utilisée dans la création de C’était ça ou mourir, et sans doute n’aurons-nous jamais de réponse définitive à cet égard. » Pour l’éditeur, la question fondamentale est celle de « la confiance entre auteurs et éditeurs ». Le compte X Balance ton Claude a déclenché l’affaire. Il affirmait avoir identifié un recours massif à l’IA dans le roman. Ces accusations ont secoué le monde de l’édition francophone. Pendant des semaines, elles ont alimenté les interrogations sur l’avenir du métier d’écrivain.
Goncourt et Renaudot : deux décisions opposées
À la fin de septembre, l’académie Goncourt a écarté le roman de sa sélection. Elle mettait en avant des « plagiats », que Thélyson Orélien a depuis reconnus. Elle citait aussi « le résultat convergent de plusieurs analyses de chercheurs et journalistes dignes de foi ». Selon elle, ces analyses mettaient « en évidence le fait que C’était ça ou mourir est, selon toute vraisemblance, très largement le produit d’une intelligence artificielle ».
Le prix Renaudot, en revanche, a conservé l’ouvrage parmi les neuf titres de sa deuxième sélection. L’annonce de cette sélection remonte au 7 octobre. Best-seller de la rentrée, le roman a vu ses ventes continuer de progresser malgré la polémique. La semaine dernière, l’auteur, âgé de 38 ans, avait rompu son silence. Il assurait qu’aucun outil d’intelligence artificielle n’avait créé la moindre phrase de son roman. « C’est une calomnie et une hérésie », avait-il déclaré. Il disait avoir eu recours « çà et là à des outils pour des recherches, s’agissant notamment des idiomes étrangers ». Il ajoutait : « Ce roman, je l’ai écrit moi-même. Il vient de mes blessures et de celles des autres migrants. »