Comment l’Union européenne peut-elle répondre à une nouvelle crise énergétique tout en finançant ses ambitions géopolitiques et économiques, alors que plusieurs gouvernements refusent d’accroître leur contribution ? Cette question domine le sommet de deux jours (15 et 16 octobre) à Bruxelles.
Les discussions opposent les États favorables à une plus grande souplesse budgétaire pour soutenir les ménages et les entreprises à ceux qui défendent le maintien d’une stricte discipline financière. En parallèle, les Vingt-Sept peinent à s’accorder sur le volume et la répartition des dépenses européennes, entre compétitivité, défense, transition écologique, agriculture et cohésion territoriale.
A cet égard, la Grèce et l’Italie plaident pour une marge de manœuvre budgétaire accrue afin d’atténuer les conséquences de la hausse des prix de l’énergie sur les entreprises et les consommateurs. Athènes dispose déjà d’une flexibilité estimée à environ 700 millions d’euros pour la période 2026-2027, mais souhaite pouvoir l’utiliser plus librement sans engager une révision générale des règles budgétaires européennes. À son arrivée au sommet, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a averti que la crise énergétique alimentait une nouvelle vague inflationniste et appelé à une réponse coordonnée à l’échelle européenne.
Les divergences concernent également la politique climatique. Le président chypriote Nikos Christodoulidis a demandé un nouveau report du deuxième système européen d’échange de quotas d’émission, le SEQE-2. D’autres gouvernements redoutent qu’un report ou un affaiblissement de ce dispositif ne compromette les objectifs de transition écologique de l’Union.
Le budget 2028-2034 au cœur de la bataille
Les désaccords sont encore plus marqués autour du prochain cadre financier pluriannuel. Une proposition portée par l’Irlande prévoit de réduire de 141 milliards d’euros le montant envisagé initialement par la Commission européenne. Plusieurs pays partisans d’une politique budgétaire restrictive souhaitent aller plus loin. Le chancelier allemand Friedrich Merz a estimé que le budget devait être réduit « sensiblement », tandis que le Premier ministre suédois Ulf Kristersson a jugé la proposition « totalement inacceptable ». À l’inverse, les 17 pays regroupés au sein des « Amis de la cohésion » s’opposent à de nouvelles coupes dans les politiques agricoles et de cohésion, qui soutiennent les revenus agricoles et le développement des régions européennes.
Kyriakos Mitsotakis a également rejeté la proposition irlandaise, estimant que les ressources envisagées ne correspondaient pas aux ambitions affichées par l’Union. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a exprimé une opposition similaire. Derrière cette confrontation se trouve une question centrale : comment financer simultanément la défense européenne, la compétitivité industrielle, la transition énergétique et les politiques traditionnelles de soutien à l’agriculture et aux régions, sans accroître sensiblement les contributions nationales ?
Un accord difficile avant la fin de l’année
Les négociations devraient se poursuivre lors d’un sommet extraordinaire en novembre, avec l’objectif de dégager un accord politique avant la fin de l’année. Mais les perspectives restent incertaines. Selon des diplomates européens, l’Allemagne, l’Italie et la France ont déjà obtenu la suppression de toute référence explicite au calendrier dans le projet de conclusions du sommet. Ce retrait témoigne des difficultés à fixer une échéance crédible pour un compromis sur le budget.
L’Ukraine doit également figurer à l’ordre du jour, avec la participation annoncée ce vendredi du président Volodymyr Zelensky. Les discussions se dérouleront dans un contexte marqué par les annonces relatives à des livraisons de diesel russe et à une éventuelle trêve énergétique entre Moscou et Kiev…