En décidant de lever les sanctions sur le diesel russe, le président américain opère une spectaculaire volte-face ; au risque de provoquer une nouvelle fracture avec ses alliés européens et de soulever une fronde jusque dans son propre camp. À trois semaines des élections de mi-mandat, le prix à la pompe semble primer sur la solidarité avec Kiev.
Prêt à toutes les contorsions pour desserrer l’étau sur les marchés pétroliers, alors que les prix à la pompe flambent aux États-Unis, Donald Trump semble décidé à tout pour éviter une cuisante défaite électorale à trois semaines des élections de mi-mandat. Jusqu’à envisager d’importer du diesel russe en dépit des sanctions occidentales, offrant ainsi à son ami Vladimir Poutine une bouffée d’oxygène financière pour poursuivre sa guerre contre l’Ukraine. Tout en illustrant encore une fois le caractère erratique de sa politique vis-à-vis de la Russie. Une volte-face qui entérine de facto le lâchage de l’Ukraine par les Etats-Unis, fait grincer des dents en Europe et provoque la fureur à Washington, jusque dans les rangs de son propre camp.
Opportunisme
En effet, passant outre les sanctions internationales en vigueur contre Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, le locataire de la Maison Blanche vient de signer un accord avec la Russie pour importer du diesel produit en Russie aux Etats-Unis. Ainsi, la Russie pourrait envoyer 300 000 tonnes de diesel en octobre, 500 000 tonnes en novembre puis 1 million de tonnes en décembre, d’après le vice-Premier ministre russe en chargé de l’Energie.
Comment expliquer ce revirement de Donald Trump ? Le président magnat républicain a négocié la levée de certaines sanctions sur ces exportations dans un contexte de forte grogne populaire face à la flambée des prix des carburants. À l’approche des élections de mi-mandat, le coût de la vie, et plus particulièrement le prix à la pompe, pourrait en effet coûter aux républicains leur majorité au Congrès.
Du coup, pour l’administration Trump, le diesel russe devient un intérêt national pour les Etats-Unis. Par conséquent, si Zelensky continuait de frapper les raffineries qui le produisent, le président ukrainien serait accusé de s’attaquer à des intérêts nationaux des États-Unis sur le sol russe.
La preuve ? Quelques heures après l’annonce du deal avec Moscou, Donald Trump a pris la parole et s’en est pris vertement à son homologue ukrainien, affirmant qu’il était temps pour l’Ukraine « d’avoir un nouveau président ». « Je leur suggère de se doter d’un nouveau dirigeant qui peut parvenir à un accord » avec la Russie pour mettre fin à la guerre, a déclaré le président américain devant la presse à la Maison Blanche, menaçant par ailleurs Volodymyr Zelensky. « Il a intérêt à arrêter »…
Réactions tièdes
Réaction immédiate du président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui dénonce « une décision faible » et affirme que cela représentera « de l’argent supplémentaire pour la guerre » contre Kiev.
L’accord négocié par le président américain pour l’achat de diesel à la Russie est « un choix que je considère très risqué », a déclaré, de sont côté, Giorgia Meloni devant le Sénat italien à la veille du Conseil européen des 15 et 16 octobre. « Nous comprenons tous, et partageons, la nécessité de contenir les prix de l’énergie qui pèsent sur les familles et les entreprises, y compris en Italie. Mais nous devons être conscients que la flambée des prix du carburant est principalement due à la guerre en Iran, et non au conflit en Ukraine », a poursuivi la présidente du Conseil italien.
Pour sa part, la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a réagi à l’accord annoncé par Washington avec Moscou. « Des frappes russes ont tué plus de 80 civils ukrainiens en deux jours » et la Russie « a intensifié ses attaques hybrides contre l’Europe, tant contre les États membres de l’UE que contre les alliés de l’OTAN », a-t-elle ajouté.
Lundi 19 octobre, les ministres des Affaires étrangères de l’UE doivent ajouter officiellement quelque 1 600 noms sur la liste noire des personnes et entités visées par des sanctions de l’UE liées à la guerre en Ukraine.
Grogne interne
A noter qu’à l’inverse des Européens, dont la réaction est restée prudente et mesurée, plusieurs élus américains ont vivement dénoncé cette décision. Ainsi, douze sénateurs américains, dont six républicains, ont condamné mardi 13 octobre cet accord d’achat de diesel russe comme une « trahison du peuple ukrainien ».
« L’accord que vous avez conclu avec le président Vladimir Poutine le 9 octobre n’aboutira pas à des résultats justes et ne bénéficiera pas non plus aux Américains », estiment ces 12 élus dans une lettre publique adressée à Donald Trump.
Selon ces élus, la levée prévue des sanctions américaines sur les exportations de diesel russe « ne fait que permettre à Poutine de financer davantage sa machine de guerre ».
« Fournir à Moscou la possibilité de vendre du diesel russe librement sur les marchés mondiaux nuit aux intérêts sécuritaires américains et est une trahison du peuple ukrainien », ont-ils conclu.