Alors que la Tunisie accueille une formation régionale « SME Boost » du secrétariat de la ZLECAf, réunissant des délégations égyptienne, algérienne, libyenne, marocaine et des opérateurs locaux, Zied Jaouadi, vice-président de la Chambre des sociétés de commerce international (UTICA) et de la Chambre panafricaine de commerce et d’industrie, détaille les défis du secteur privé pour exporter vers l’Afrique.
Entre financement coûteux, logistique lourde et besoin de réformer les organismes d’appui, la question essentielle est de savoir comment mettre une implantation directe sur les marchés africains et des échanges bilatéraux, dans une logique qui rejoint les enjeux de transition énergétique et d’industrialisation verte portés par la ZLECAf.
Interrogé sur les défis rencontrés par le secteur privé à l’export, notamment vers l’Afrique, Zied Jaouadi identifie, dans une déclaration exclusive à leconomistemaghrebin.com, trois principaux challenges.
Le premier est l’accès au financement. Avec les taux d’intérêt actuels, le coût du financement reste très élevé, en particulier pour les PME exportatrices. La deuxième barrière est le coût logistique : la Tunisie affiche l’un des coûts logistiques les plus élevés de la Méditerranée. Cela ne tient pas seulement à la logistique portuaire tunisienne, mais aussi au fait que de nombreuses liaisons nécessitent deux à trois transbordements pour livrer des marchandises sur notre propre continent. Le troisième point, et c’est le plus structurel, est la restructuration urgente des organismes d’appui à l’exportation, notamment les chambres de commerce et les centres de promotion des exportations. « Il faut revoir leur modèle économique pour passer d’une logique de promotion à un véritable accompagnement dans le développement à long terme de l’exportation », poursuit-il.
Sur les solutions à privilégier, il précise : « Face à ces coûts élevés, la solution pour le secteur privé est l’ouverture de filiales sur place, en revenant en quelque sorte au modèle des comptoirs commerciaux. Cela permet d’éviter les problèmes logistiques et de disposer d’un stock de marchandises directement sur le marché africain. Bien sûr, cela nécessite un accès au financement, mais aussi une réflexion sur les flux dans les deux sens. Ce que nous avons souvent oublié en Tunisie, c’est que pour travailler avec les pays de notre continent dans le cadre d’un accord commercial préférentiel, il faut penser à la fois à vendre et à acheter. Ne pas se limiter à l’exportation des produits tunisiens permet d’optimiser les flux financiers et de mieux réussir l’implantation d’entreprises tunisiennes sur place. »