Une étude menée par des chercheurs camerounais a détecté ces métaux lourds: plomb, nickel, arsenic, cadmium, chrome et mercure, dans des échantillons de poulets et d’œufs provenant d’élevages du centre, du littoral et de l’Ouest du pays. Les chercheurs appellent à renforcer la surveillance de la chaîne de production…
Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Yaoundé I et de l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales (IMPM) met en évidence la présence de six métaux lourds dans des produits issus d’élevages avicoles camerounais. Selon un rapport de RFI publié lundi 5 octobre, les analyses ont identifié du plomb, du nickel, de l’arsenic, du cadmium, du chrome et du mercure dans des prélèvements réalisés dans trois régions : le centre, le littoral et l’ouest, qui comptent parmi les principaux bassins de production avicole du Cameroun.
L’étude a porté sur 48 poulets et 180 œufs provenant de 12 élevages, soit quatre exploitations dans chacune des trois régions. Les analyses chimiques ont ensuite été réalisées sur 18 échantillons composites : six de muscles, six de foies et six d’œufs.
Les résultats attirent principalement l’attention sur le mercure détecté dans les foies de poulets. Les concentrations mesurées se situent entre 798,3 et 845,5 microgrammes par kilogramme. Alors qu’elles sont beaucoup plus faibles dans les muscles, entre 1,4 et 2,3 µg/kg, et dans les œufs, entre 3,3 et 3,6 µg/kg. Le chrome a également été retrouvé dans les différents échantillons, avec des concentrations de 53,7 à 60,4 µg/kg dans les muscles et de 13,7 à 15 µg/kg dans les foies.
Pour le cadmium, les concentrations relevées atteignent 27,3 à 29,6 µg/kg dans les muscles, 2,6 à 3,9 µg/kg dans les foies et 9,2 à 9,9 µg/kg dans les œufs.
Des résultats à interpréter avec prudence
La présence de ces contaminants ne signifie toutefois pas que l’ensemble de la production avicole camerounaise est concerné, ni que la consommation des produits analysés entraîne nécessairement un risque sanitaire. La taille de l’échantillon est en effet limitée et les prélèvements ne couvrent que 12 exploitations dans trois régions. Les résultats permettent donc d’établir la présence de métaux lourds dans les échantillons étudiés, mais pas d’en mesurer la prévalence à l’échelle nationale. Certaines limites méthodologiques relevées dans l’analyse de l’étude appellent également des vérifications complémentaires, notamment concernant le calcul de l’exposition et l’interprétation de certaines valeurs. La distinction entre les différentes formes chimiques du chrome constitue notamment un élément important pour l’évaluation toxicologique.
Les chercheurs évoquent notamment l’utilisation d’aliments et d’intrants importés comme une possible source de contamination. Cette hypothèse reste toutefois à documenter par des analyses supplémentaires permettant d’identifier précisément l’origine des métaux retrouvés dans les animaux et les œufs.
Des contrôles portant sur les provendes, l’eau, les matières premières utilisées dans l’alimentation animale et l’environnement des élevages permettraient de mieux déterminer les voies de contamination.
Un enjeu pour la filière avicole
L’étude intervient dans un secteur devenu important pour l’approvisionnement alimentaire du Cameroun. La qualité sanitaire des produits et des intrants constitue donc un enjeu à la fois sanitaire, économique et agricole. Les autorités camerounaises disposent déjà d’un dispositif de contrôle des denrées alimentaires. Le ministère de la Santé rappelle notamment que la production, la distribution et la vente de produits alimentaires sont soumises à une Autorisation de mise en consommation, dans le cadre de la législation sur la sécurité sanitaire des aliments.
L’OMS souligne de son côté que le plomb, l’arsenic, le mercure et le cadmium présents dans les aliments peuvent constituer des risques sanitaires et que la contamination peut provenir notamment de la pollution des sols et de l’eau ou de certaines étapes de la production alimentaire.
Pour la filière camerounaise, l’enjeu consiste désormais à déterminer si les résultats observés correspondent à des contaminations ponctuelles ou à un phénomène plus large. Cela nécessiterait des campagnes d’analyses plus étendues et régulières, couvrant davantage d’élevages et l’ensemble de la chaîne de production.