Moscou poursuit sa conquête douce du continent africain. L’agence Rossotrudnichestvo, chargée de piloter les centres culturels russes à travers le monde, a annoncé la signature de nouveaux partenariats avec des structures locales dans huit pays : la RDC, le Sénégal, le Togo, le Mali, le Kenya, Madagascar, Sao Tomé-et-Principe et la Sierra Leone. Autant de « Maisons russes » qui viendront s’ajouter aux cinq déjà ouvertes en 2024 et aux neuf antennes étatiques revendiquées sur le continent, le tout piloté par une agence pourtant sous sanctions européennes depuis quatre ans, comme le soulignent nos confrères de RFI.
Officiellement, il ne s’agit que de diplomatie culturelle : cours de langue, projections de films, pièces de théâtre, promotion des « valeurs russes ». Une façade sympathique, presque anodine. Mais peut-on vraiment croire qu’un État sous embargo occidental, engagé dans une guerre et une confrontation frontale avec l’Europe, déploie autant d’énergie et de moyens sur un continent entier simplement par amour de l’art ?
Les services de renseignement européens, eux, n’y croient pas. Ils soupçonnent depuis longtemps ces instituts d’abriter des activités bien moins culturelles : recrutement, propagande, voire espionnage. L’épisode récent de Berlin, où l’antenne locale a été fermée dans un climat de tensions croissantes avec Moscou, illustre bien que ces établissements ne sont pas perçus, y compris en Europe, comme de simples médiathèques polyglottes.
Alors à quoi servent réellement ces Maisons russes qui fleurissent de Kinshasa à Freetown ? À diffuser Tolstoï et le cinéma soviétique, ou à consolider, sous couvert de culture, des réseaux d’influence, de renseignement et potentiellement de recrutement dans des pays où la présence russe – militaire via Wagner, économique, diplomatique – ne cesse déjà de s’étendre ? La multiplication de ces centres, dans un contexte géopolitique aussi tendu, mérite pour le moins d’être regardée avec un œil plus que circonspect.