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Leconomiste Maghrebin > Blog > Economie > Finance > Fitch reconduit le « B- » de la Tunisie et pointe des besoins de financement toujours élevés
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Fitch reconduit le « B- » de la Tunisie et pointe des besoins de financement toujours élevés

Hamza Marzouk
2026/09/08 at 6:34 PM
par Hamza Marzouk 7 Min Lecture
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L’agence Fitch Ratings a confirmé  la note de défaut émetteur à long terme de la Tunisie à « B- », assortie d’une perspective stable, tout en pointant une dette publique qui devrait atteindre 85 % du PIB en 2026.

Fitch Ratings a maintenu inchangée sa notation souveraine de la Tunisie, fixée à « B- » avec perspective stable, selon un communiqué publié par l’agence. Cette décision confirme la note attribuée fin janvier 2026, date à laquelle le pays avait également été retiré de la liste des États sous observation et s’était vu attribuer une note de recouvrement « RR4 ».

Selon Fitch, cette appréciation repose sur plusieurs atouts structurels : un PIB par habitant et des indicateurs de développement humain supérieurs à ceux de pays comparables, une économie diversifiée dotée d’une main-d’œuvre qualifiée, ainsi qu’une position extérieure jugée résiliente face aux chocs externes. L’agence tempère toutefois ce constat en soulignant le poids d’une dette publique élevée, des déficits budgétaires persistants et une vulnérabilité des finances publiques liée à l’ampleur des subventions, à quoi s’ajoutent d’importants besoins de financement.  

La hausse des prix de l’énergie devrait creuser le déficit commercial tunisien, entraînant selon Fitch un déficit courant porté à 3,9 % du PIB en 2026. Les exportations d’huile d’olive, en progression de 44 % sur un an au premier semestre 2026, ainsi qu’une performance solide du compte des services, viennent toutefois en partie compenser cette dégradation.

L’agence anticipe un recul de ce déficit sous la barre des 2,5 % du PIB en 2027 et 2028, en misant sur une baisse des cours internationaux du pétrole, un niveau qui rejoindrait la médiane de 2,4 % observée pour les pays notés « B » sur la même période. Fitch souligne néanmoins que le solde courant tunisien reste très exposé à un choc pétrolier prolongé.

Les réserves internationales du pays devraient reculer en 2026, à hauteur de 3,3 mois de paiements extérieurs courants, avant de se reconstituer progressivement à partir de 2027 pour atteindre 3,7 mois en 2028, un niveau qui demeurerait inférieur à la médiane de 4,1 mois des pays notés « B ». Par ailleurs, les investissements directs étrangers nets ont progressé à 2 % du PIB en 2025, portés notamment par les énergies renouvelables et le secteur manufacturier ; l’agence relève que ces flux ont fait preuve d’une certaine résistance face aux turbulences politiques et externes.  

La dette publique devrait croître légèrement pour atteindre 85 % du PIB en 2026, avant de se stabiliser jusqu’en 2028, un niveau très supérieur à la médiane de 55 % projetée pour les pays notés « B » à cette échéance. Fitch note qu’environ 40 % de cette dette est libellée en devises étrangères, exposant les comptes publics à un risque de change.

 Les besoins de financement budgétaire, hors refinancement de la dette à court terme, devraient diminuer progressivement tout en restant élevés, à 13,5 % du PIB en 2028, contre une médiane de 8,9 % pour les pays notés « B ». Ces besoins ont jusqu’ici été en partie couverts par la Banque centrale de Tunisie, qui a octroyé des financements à taux zéro de 7 milliards de dinars en 2024 (4,4 % du PIB), puis un montant équivalent en 2025 (4,1 % du PIB) ; le projet de loi de finances 2026 table à son tour sur un financement de 11 milliards de dinars, soit 6,1 % du PIB attendu. Fitch estime que cette forme d’appui monétaire pourrait s’arrêter en 2027, faute d’échéances extérieures importantes à rembourser cette année-là. Le financement intérieur net devrait dans le même temps bondir, de 1,7 % du PIB en 2026 à 6,5 % en 2027, une évolution que l’agence juge susceptible de peser davantage sur le secteur financier domestique.

D’après le Fonds monétaire international, cité par Fitch, la monnaie tunisienne s’est appréciée de 24 % en termes effectifs réels entre 2019 et 2025, sous l’effet conjugué d’un taux de change nominal resté globalement stable et d’une inflation plus forte en Tunisie que chez ses principaux partenaires commerciaux. En mai 2026, la Banque centrale a restreint l’accès au financement de certaines importations jugées non essentielles, dans le but de contenir la demande en devises et de préserver ses réserves. Fitch juge que la baisse prévue des besoins de financement extérieur en 2027-2028, conjuguée à une inflation maîtrisée, devrait limiter le risque d’un décrochage brutal du dinar — sans pour autant faire disparaître les tensions qui pèsent sur la monnaie nationale.

Fitch prévoit une inflation moyenne de 5,7 % en 2026, puis un repli à 5 % jusqu’en 2028 — nettement en deçà de la moyenne de 8,3 % constatée entre 2022 et 2024. Cette modération tiendrait pour bonne part au fait que les subventions publiques aux carburants absorberont l’essentiel du renchérissement du pétrole sur les marchés internationaux ; de bonnes conditions météorologiques pendant la saison de croissance printanière limiteraient par ailleurs les risques d’envolée des prix alimentaires à court terme. L’agence table sur une croissance réelle moyenne du PIB proche de 2 % entre 2026 et 2028.

Fitch relève enfin que de récents épisodes de canicule ont perturbé la distribution d’eau et d’électricité dans le pays. Ces difficultés, conjuguées à un chômage élevé, auraient contribué à des mouvements de protestation dans plusieurs grandes villes. L’agence juge le risque politique limité, mais estime plus significatif le risque budgétaire, le gouvernement pouvant selon elle être poussé à étoffer certaines aides sociales et les embauches dans la fonction publique.

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