Jeudi 20 août 2026, plusieurs organisations de la société civile ont appelé à manifester à Tunis pour dénoncer la dégradation des services publics. Au cœur des critiques : les coupures d’eau et d’électricité, ainsi que les pénuries de médicaments.
Organisée à l’appel de « Nafas », un mouvement citoyen civil indépendant, la marche a réuni un nombre important de participants. Les manifestants réclament des solutions concrètes à la crise économique et sociale. Ils demandent aussi la préservation des libertés publiques, des droits politiques et des acquis sociaux.
Plusieurs responsables politiques et acteurs de la société civile ont livré leur analyse sur place.
Faouzi Abderrahmane, ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, revient sur les slogans et le contexte politique. « La dernière fois, les slogans n’étaient pas uniquement ceux de l’organisation. Les jeunes ont scandé leurs propres slogans, qui ont même dépassé ceux de l’organisation », dit-il.
Selon lui, « les gens sont excédés par la situation actuelle. Ils estiment que les choses ne peuvent pas rester comme elles sont. Il faut un changement ». Il ajoute que « ce pouvoir politique s’est isolé de ses propres institutions, du gouvernement et du parlement. Cet isolement isole aussi le pays par rapport à son environnement régional et international. Nous perdons beaucoup d’occasions sur le plan socio-économique », poursuit-il.
Blocage socio-économique et absence de dialogue
Faouzi Abderrahmane estime que « le pays est bloqué sur le plan socio-économique. Il n’y a pas d’investissement », dit-il. Évoquant le système des entreprises communautaires, il juge qu’« il ne représente rien » et qu’« il n’est pas capable de créer de la richesse. C’est une économie de la pauvreté, pas une économie de création de richesse ».
Il note aussi qu’« à aucun moment dans l’histoire du pays, on n’est arrivé à une situation où il y a aussi peu de discussion. Même lors des grandes crises, il y a toujours eu des communications et dialogue », ajoute-t-il.
Foued Mouakhar: » Privilégier l’intérêt national »
Foued Mouakhar, dirigeant du PDL, rappelle son appel à « privilégier l’intérêt national ». « Nous voulons contribuer à élever la parole de vérité. Nous avons des causes communes : le système républicain, les droits, les libertés, l’État de droit, les institutions, la justice, la séparation et l’indépendance des pouvoirs. Quiconque va dans ce sens, nous marchons avec lui », déclare-t-il.
Pour lui, « l’important est que ces milliers de voix s’expriment et parviennent jusqu’au pouvoir ». « Si le pouvoir dit : “Faites ce que vous voulez, et faisons ce que nous voulons”, cela n’est pas de la démocratie. C’est une neutralisation de la démocratie. Nous ne pouvons pas étouffer les voix. Chacun est libre d’exprimer son opinion. C’est cela le plus important », affirme-t-il.
Nafaâ Laribi: « Les choses vont de mal en pire »
De son côté, Nafaa Laribi, membre du comité de défense d’Abir Moussi, note que c’est la troisième mobilisation après juin et le 25 juillet 2026. « On a encore plus de coupures d’électricité, encore plus de pénuries d’eau. La mise en bouteille de l’eau minérale et des eaux de source est en difficulté. On fait face à une pénurie d’essence et de carburant. Les choses vont de mal en pire », observe-t-il.
Interrogé sur l’impact de la manifestation, il répond : « La société civile et l’opposition sont présentes. L’essentiel est d’être toujours là, de faire pression, de lever haut nos principes et nos revendications, et de ne pas laisser le terrain vide. »
Houssem Hami, coordinateur de la coalition Soumoud, estime que « les Tunisiens tiennent bon ». « Ils ont lancé un message clair : assez de l’injustice, de l’échec et de l’absurde dans la gestion des affaires publiques », dit-il.
« Jeunesse, femmes, régions disent non à l’injustice et non à l’échec. Les citoyens sont épuisés par les coupures d’eau et d’électricité, par le manque de médicaments et par la hausse des prix. C’est la situation elle-même qui les pousse à descendre dans la rue », précise-t-il.
Et de conclure : « Nous avons proposé de nous rassembler autour du minimum commun : la citoyenneté. Les citoyens ont répondu, ainsi que les partis politiques et les organisations de la société civile. Nous sommes sur la bonne voie pour obtenir un changement réel dans la vie quotidienne et au niveau des droits et des libertés. La situation en Tunisie est la pire depuis des décennies : dégradation sociale, régression des libertés. C’est pourquoi nous nous réunissons pour définir les moyens d’agir et exiger un changement. »
Eau, électricité, médicaments, coût de la vie, libertés : la mobilisation de jeudi met en lumière un ensemble de dossiers qui structurent, cet été, le mécontentement d’une partie de la société tunisienne.