Face au retour des pressions inflationnistes, le FMI appelle l’Égypte à durcir sa politique monétaire. Le taux d’inflation pourrait atteindre 17 % en septembre, mais une hausse des taux risquerait de peser davantage sur le crédit, l’investissement et une économie déjà sous tension.
Le Fonds monétaire international (FM) a remis, mardi 18 août, la politique monétaire égyptienne sous pression. Dans les documents liés à la septième revue du programme économique du pays, le FMI estime que le resserrement des taux d’intérêt est désormais nécessaire pour contenir l’inflation et stabiliser les anticipations.
L’avertissement intervient alors que l’inflation générale est repartie à la hausse, atteignant 14,9 % en juillet, après trois mois consécutifs de ralentissement, et pourrait approcher 17 % en septembre, sous l’effet notamment de la hausse des coûts de production et des ajustements des prix de l’énergie.
Pour le FMI, la marge dont disposait la Banque centrale d’Égypte pour poursuivre l’assouplissement monétaire s’est fortement réduite. Le taux d’intérêt réel moyen est désormais inférieur au niveau considéré comme neutre, alors que l’inflation s’est éloignée de la cible officielle.
Les anticipations d’inflation à court terme restent également élevées, autour de 12 %, au-dessus de la fourchette visée par la Banque centrale. Dans ce contexte, le FMI considère qu’une politique monétaire plus restrictive est nécessaire pour ramener progressivement les anticipations vers la cible.
Des taux déjà très élevés et risque d’étouffer la croissance
Le dilemme du Caire est cependant considérable. Après avoir réduit ses taux de 8,25 points de pourcentage au total en 2025, la Banque centrale n’a procédé en 2026 qu’à une seule baisse, de 1 point, en février. Depuis avril, elle a interrompu son cycle d’assouplissement. Une nouvelle hausse des taux aurait donc pour effet de renforcer une politique monétaire déjà restrictive.
Le principal problème réside dans le coût économique d’un nouveau tour de vis monétaire. Une hausse des taux renchérit le crédit pour les entreprises et les ménages, ralentit potentiellement l’investissement et la consommation et augmente, parallèlement, le coût du financement de l’économie.
Pour l’État égyptien, fortement endetté, le problème est encore plus sensible : des taux durablement élevés alourdissent le coût du service de la dette et réduisent l’espace budgétaire disponible pour soutenir l’activité.
Le gouvernement se retrouve ainsi face à une équation délicate : combattre une inflation alimentée en partie par les prix de l’énergie et les coûts de production avec un instrument – les taux d’intérêt – qui agit surtout sur la demande.
La pression du FMI ne signifie pas pour autant que la Banque centrale égyptienne relèvera nécessairement ses taux lors de sa prochaine réunion. Plusieurs analystes estiment qu’une inflation proche de 17 % ne suffit pas, à elle seule, à justifier une hausse immédiate. Ils soulignent l’importance de déterminer si l’accélération actuelle résulte principalement de facteurs temporaires – notamment les ajustements des prix de l’énergie – ou si elle traduit l’installation d’une nouvelle dynamique inflationniste.
Cette distinction sera déterminante pour la politique monétaire. Si les tensions sur les prix se stabilisent, la Banque centrale pourrait conserver ses taux actuels tout en attendant de nouvelles données. En revanche, une accélération durable de l’inflation pourrait rendre un nouveau resserrement difficile à éviter.
Par ailleurs, la remontée des prix de l’énergie constitue l’un des principaux risques pour les perspectives égyptiennes. Une hausse durable du pétrole renchérirait les coûts de production, alimente les prix intérieurs et exerce une pression supplémentaire sur les comptes extérieurs…
Le véritable test pour Le Caire
L’Égypte entre ainsi dans une nouvelle phase délicate de son programme économique. Après avoir bénéficié d’une importante détente monétaire en 2025, le pays doit désormais composer avec le retour de l’inflation, des coûts énergétiques plus élevés et une marge de manœuvre budgétaire limitée.
Le FMI pousse clairement vers davantage de rigueur monétaire. La Banque centrale devra toutefois arbitrer entre deux risques : laisser l’inflation repartir ou relever les taux au point de freiner davantage l’activité économique.
Le véritable enjeu des prochains mois ne sera donc pas seulement de savoir si Le Caire relèvera ses taux, mais jusqu’où il pourra les maintenir à un niveau suffisamment élevé pour contenir l’inflation sans étouffer la reprise économique.