La Tunisie demeure, dans le monde arabe et musulman, l’un des pays les plus avancés en matière de droits des femmes et d’égalité entre les sexes. Depuis l’indépendance, les Tunisiennes ont conquis des droits essentiels dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’emploi et de la participation à la vie publique. Pourtant, derrière ces acquis, une réalité persiste : dans les sphères du pouvoir et de la décision, le chemin vers l’égalité reste encore long.
Briser le plafond de verre demeure un défi, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé. Les femmes sont présentes, compétentes et engagées, mais elles restent encore trop peu nombreuses là où se prennent les décisions les plus importantes.
Dans les conseils d’administration, notamment, l’égalité est encore loin d’être atteinte. La progression existe, mais elle demeure lente. A cet égard, les dernières données annoncées par la Bourse de Tunis lors de l’édition locale de l’initiative internationale Ring the Bell for Gender Equality, organisée à l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars, montrent que la part des femmes dans les conseils d’administration des entreprises tunisiennes s’élève désormais à 19 %, contre 17% l’année précédente.
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Cette évolution témoigne de l’engagement croissant des institutions financières et de leurs partenaires en faveur d’une meilleure représentation des femmes. Mais elle révèle également l’ampleur du chemin qui reste à parcourir. Car derrière chaque pourcentage se trouvent des carrières interrompues, des compétences ignorées et des femmes parfois écartées de postes qu’elles auraient pleinement mérités.
Néjia Gharbi : « Nous méritons beaucoup mieux »
La question demeure donc entière : quelle est aujourd’hui la place de la femme tunisienne dans les postes de décision ?
Nejia Gharbi, directrice générale de la Caisse des dépôts et consignations, porte sur cette réalité un regard lucide et sans concession. Selon elle, la Tunisie a encore un chemin long à parcourir pour répondre aux aspirations des femmes.
“Nous ne sommes pas encore parvenus à une situation qui réponde réellement aux aspirations et aux attentes des femmes. Nous manquons encore de femmes dans les postes de décision, nous sommes très peu représentées dans les conseils d’administration ainsi que dans les fonctions et postes importants et influents. Ce constat est parfois inquiétant notamment par rapport au nombre important de femmes qui ont des grandes compétences dans tous les domaines. Je le ressens et j’en suis convaincue : la femme tunisienne mérite une meilleure représentativité ”, affirme-t-elle.
Pour la Directrice générale de la CDC, il est indispensable d’offrir davantage de chances aux femmes et leur permettre d’exercer pleinement leur capacité à décider et à diriger. « Il faut donner davantage de chances aux femmes d’accéder aux postes de décision et d’être plus représentées dans les conseils d’administration et ça était prouvé que sa participation à la prise de décision a aidé à améliorer énormément l’efficacité des conseils », souligne-t-elle.
Cette exigence ne relève ni d’un privilège ni d’une faveur. Elle repose sur un principe simple : les femmes qui disposent des compétences, de l’expérience et de la légitimité nécessaires doivent pouvoir accéder aux responsabilités sans aucun obstacle discriminatoire . Le combat de la confiance en soi Nejia Gharbi estime toutefois que l’accès des femmes aux postes de responsabilité ne dépend pas uniquement des institutions. Il exige également une mobilisation individuelle et collective.
« Les femmes doivent continuer à s’affirmer pour être mieux représentées dans les postes de décision « , insiste-t-elle. Les femmes tunisiennes ont brillé dans leur parcours académique et de la recherche et les résultats universitaires le prouvent. « Nous souhaitons qu’elles puissent continuer sur cette même voie dans la vie professionnelle. Il ne faut pas baisser les bras : il faut se battre, persévérer, avoir confiance en soi et être fière d’être une femme, fière d’être une femme tunisienne « , rappelle Nejia Gharbi.
Son message est à la fois simple et puissant impactant : continuer à avancer, à s’affirmer et à refuser les limites imposées. Car la réussite ne repose pas uniquement sur le talent. Elle exige aussi de la confiance en soi, de la résilience et la capacité de se relever chaque fois que l’on tente de fermer une porte.
« Les femmes doivent continuer à briller et à s’affirmer afin d’obtenir ce qu’elles méritent. Grâce à un effort collectif et généralisé, nous pourrons parvenir à une meilleure représentation des femmes et leur permettre d’occuper la place qui leur revient, tant dans leur parcours professionnel que dans la vie civile », conclut-elle.
Le combat est donc loin d’être terminé. Il appartient aux institutions de garantir des chances équitables, aux entreprises d’éviter les discriminations et à la société de rompre avec les réflexes qui associent encore trop souvent le pouvoir à la figure masculine.
Quant aux femmes, le message est clair : croire en soi, persévérer, faire preuve de résilience, ne pas baisser les bras car le chemin est encore long.
L’essentiel a été fait, les droits de la femme, sont des acquis et la femme tunisienne n’a plus besoin de faire valoir ses droits. Nous sommes dans la phase de la confirmation, du passage des textes à la concrétisation sur terrain. La femme tunisienne est confiante, mais déterminée.