L’Union européenne (UE) demeure le débouché commercial incontournable de la Tunisie, absorbant 71,5 % de ses exportations à la fin juin 2026. Cependant, si les valeurs exportées atteignent des niveaux record, la part de marché tunisienne au sein de l’UE reste modeste et stagne à 0,53 %, indique la Banque centrale de Tunisie (BCT).
Certes, la légère progression des ventes libellées en euros (+2,8 %) en UE a devancé la croissance des importations européennes (+2,4 %). Mais cet écart favorable n’a pas suffi à améliorer significativement la position relative du pays.
Trajectoires contrastées
L’examen par groupe de produits pour l’année 2025 révèle des fortunes diverses selon les secteurs d’activité. Le secteur des machines et matériels de transport a enregistré la progression la plus marquée, avec un gain de quatre points de base pour atteindre 0,70 % de part de marché. Portée par un rebond de 12,6 % des ventes (contre -0,9 % en 2024), cette performance dépasse largement la dynamique des importations européennes (+5,8 %). Elle témoigne du redressement des industries mécaniques et électriques, dont les exportations globales ont bondi de 8,7 % après une timide hausse de 1,2 % l’année précédente.
Pour les produits chimiques et connexes, leur part de marché a progressé d’un point de base, passant de 0,11 % à 0,12 %. Les ventes vers l’UE ont grimpé de 15,4 % (contre +0,3 % en 2024), surperformant les importations européennes (+7 %).
Toutefois, cette embellie, soutenue par la reprise des phosphates et dérivés (+15 %) et la consolidation des ouvrages en plastique (+15,2 %), ne permet pas encore un redressement notable de la position sectorielle globale.
Quant aux autres articles manufacturés, leur part de marché s’est élevée à 0,90 %, après une perte de sept points de base en 2024. La reprise modeste des ventes (+2,2 % contre -4,8 % auparavant) reste en deçà de la hausse des importations européennes (+3 %). De son côté, le secteur du textile-habillement-cuirs (ITHC) affiche une contraction moins sévère, s’établissant à -1,7 % contre -4,8 % en 2024.
Des secteurs en recul
La part des produits de base s’est effondrée, chutant de 1,15 % à 0,78 %. Cette contraction s’explique essentiellement par la baisse de 16,2 % des exportations d’huile d’olive. Ce repli est la conséquence directe d’un effondrement de 47,7 % de son prix moyen, lié à la reprise de la production mondiale.
Les combustibles minéraux et lubrifiants ont perdu deux points de base pour s’établir à 0,11 %. Ses exportations ont chuté de 27 %, un recul plus prononcé que celui des importations européennes (-12 %). La baisse globale des ventes d’énergie et lubrifiants (-30,2 %) résulte de la baisse simultanée des produits raffinés (-45 %) et du pétrole brut (-16,7 %), dans un contexte de baisse de la production nationale et de repli des cours du Brent.
Pour les produits alimentaires, boissons et tabac, bien que les ventes aient progressé de 7,8 %, ce rythme est resté inférieur à celui de la demande européenne (+11,2 %). En conséquence, la part de marché tunisienne recule légèrement, passant de 0,29 % à 0,28 %.
L’offensive asiatique et le repositionnement des pays tiers
Le paysage concurrentiel sur le marché européen se redéfinit rapidement sous l’effet des tensions géopolitiques et commerciales. La Chine a conforté sa position de premier fournisseur de l’UE, sa part grimpant à 22,25 % (contre 21,42 % en 2024). Les droits de douane imposés par les États-Unis ont incité la Chine à redéployer ses exportations vers l’Europe (+6,4 %). Portée par une demande intérieure atone et une montée en gamme rapide de ses technologies, la Chine a d’ailleurs enregistré un excédent commercial historique de 1 189 milliards de dollars en 2025.
Parallèlement, d’autres concurrents tirent leur épingle du jeu. La Turquie a poursuivi son redressement amorcé en 2023, voyant sa part passer de 4 % à 4,11 %, grâce à des gains notables dans les secteurs des machines et transports (+23 points de base) et des combustibles (+20 points de base). Le Bangladesh a amélioré également sa position, passant de 0,81 % à 0,84 %, soutenu par une hausse de 6,5 % de ses exportations.
À l’inverse, plusieurs concurrents régionaux et globaux perdent du terrain. L’Inde (de 2,91 % à 2,76 %), le Maroc (de 1,03 % à 1,01 %) et l’Égypte (de 0,5 % à 0,49 %) voient tous leurs parts de marché se contracter par rapport à 2024. Il y a des milliards de dinars à prendre, qui peuvent nous offrir de précieux points de croissance, et nous pouvons le faire.