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Leconomiste Maghrebin > Blog > Economie > Conjoncture > Les entreprises tunisiennes face à l’urgence de la transition énergétique et des normes européennes
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Les entreprises tunisiennes face à l’urgence de la transition énergétique et des normes européennes

Talel Bahoury
2026/07/04 at 4:47 PM
par Talel Bahoury 10 Min Lecture
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Les entreprises tunisiennes sont confrontées à une double exigence : réduire leur consommation énergétique pour préserver leur compétitivité et s’adapter aux nouvelles normes environnementales imposées par l’Union européenne. Économistes, universitaires et experts du secteur estiment que l’efficacité énergétique et le recours aux énergies renouvelables ne relèvent plus d’un simple choix de gestion, mais deviennent une condition d’accès aux marchés internationaux, en particulier européen.

 

Ridha Chkoundali

Pour l’économiste Ridha Chkoundali, le principal défi ne réside plus uniquement dans la maîtrise des dépenses d’énergie. Il considère que la question centrale est désormais la capacité des entreprises tunisiennes à produire selon les nouvelles normes environnementales européennes. « Produire selon les nouvelles normes européennes n’est plus un choix, mais une contrainte », affirme-t-il, en soulignant que ces réglementations modifient progressivement les conditions d’accès au marché européen pour les entreprises exportatrices.

Kaïes Samet, économiste et universitaire, partage ce constat. Selon lui, les industriels tunisiens sont aujourd’hui contraints de se conformer aux réglementations environnementales internationales, notamment aux mécanismes de taxe carbone et aux normes d’émission, ce qui les pousse à adopter des technologies moins polluantes. Il estime que cette adaptation permet à la fois de réduire les coûts de production et d’améliorer la compétitivité des entreprises sur les marchés étrangers.

Ali Kanzari, expert en énergie photovoltaïque et membre de l’UTICA, considère également que l’efficacité énergétique est devenue une quasi-obligation. Il rappelle que l’énergie représente, dans de nombreux secteurs, l’un des principaux postes de dépenses et qu’une entreprise qui ne cherche pas à améliorer sa performance énergétique s’expose à des difficultés de compétitivité.

La pression réglementaire européenne constitue l’un des principaux facteurs d’accélération de cette transition. Ali Kanzari rappelle que l’Union européenne a d’abord ciblé les secteurs les plus énergivores, notamment le ciment, la sidérurgie, la chimie et l’électricité, dans le cadre du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Depuis janvier 2026, explique-t-il, les importateurs européens doivent s’acquitter d’une taxe d’environ 80 euros par tonne de CO₂ non évité pour les produits concernés.

Ridha Chkoundali souligne que cette évolution dépasse la simple logique de réduction des coûts et impose aux entreprises tunisiennes d’intégrer des critères de durabilité dans leurs procédés de production. Selon lui, cette adaptation nécessite également un accompagnement des pouvoirs publics et une politique énergétique adaptée, notamment dans le domaine des énergies renouvelables.

Les secteurs exportateurs ne sont toutefois pas tous confrontés au même calendrier. Ali Kanzari cite les industries des câbles, du textile, ainsi que les secteurs électrique, mécanique et électronique parmi les principales filières exportatrices vers l’Europe. Il indique que certaines entreprises du secteur des câbles, notamment celles intégrées aux chaînes de valeur automobile et aéronautique, ont déjà engagé leur transition énergétique en exigeant un contenu en énergie renouvelable dans leurs produits avant même que l’Union européenne ne cible explicitement ce secteur.

Le textile n’est pas encore directement soumis à ces exigences, mais Ali Kanzari estime que les entreprises du secteur ont intérêt à anticiper les futures réglementations, compte tenu des délais nécessaires pour réaliser les investissements requis.

Dans l’industrie cimentière, la transition est déjà engagée. Ali Kanzari explique qu’une loi entrée en vigueur en 2021 permet désormais à des entreprises ou à des sociétés de projet de produire de l’électricité renouvelable et de la vendre à d’autres entreprises via le réseau de la STEG. Selon lui, une première capacité de 100 mégawatts a déjà été installée pour alimenter des cimenteries en électricité photovoltaïque, et une nouvelle tranche de 100 mégawatts est en préparation. Quatre cimentiers seraient actuellement en cours de mise à niveau afin de préserver leur accès au marché européen et de rester compétitifs face à des concurrents régionaux.

Au-delà de la conformité réglementaire, les intervenants mettent en avant les gains économiques de l’efficacité énergétique. Kaïes Samet estime qu’elle permet généralement de réduire la consommation d’énergie de 20 % à 50 % selon les secteurs, entraînant une baisse des factures d’électricité, de gaz ou de carburant. Il considère également que les investissements réalisés peuvent générer des retours relativement rapides grâce aux économies cumulées sur le long terme.

L’universitaire souligne aussi des effets indirects, tels que l’amélioration du confort thermique, l’optimisation des équipements industriels, la récupération de chaleur et la maintenance prédictive, qui contribuent à accroître la productivité et à prolonger la durée de vie des installations.

Il évoque par ailleurs le rôle croissant de l’intelligence artificielle dans l’optimisation énergétique. Selon lui, l’IA peut aider les entreprises à identifier des gisements d’économie d’énergie, à automatiser certaines tâches, à améliorer la maintenance des équipements et à réduire les déchets, même si le développement des technologies numériques entraîne lui-même une consommation énergétique importante.

Sur le plan macroéconomique, Kaïes Samet estime que l’efficacité énergétique pourrait réduire la vulnérabilité des entreprises aux fluctuations des prix des énergies fossiles, limiter l’impact des taxes carbone, favoriser la création d’emplois liés à la rénovation énergétique et améliorer la compétitivité globale de l’économie.

Pour accompagner cette transition, plusieurs mécanismes de financement sont disponibles. Ali Kanzari et Kaïes Samet citent tous deux le Fonds de transition énergétique, géré par l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie. Selon Ali Kanzari, ce fonds peut financer jusqu’à 20 % du montant des investissements réalisés par les entreprises dans le cadre de contrats-programmes, tandis que les audits énergétiques bénéficient d’un remboursement pouvant atteindre 70 % de leur coût.

Kaïes Samet rappelle que ce fonds, anciennement Fonds national de maîtrise de l’énergie, soutient également l’acquisition d’équipements performants et peut intervenir sous forme de primes, de dotations remboursables ou de participation au capital.

Les deux experts mentionnent aussi des financements internationaux. Kaïes Samet cite notamment le programme SUNREF, financé par l’Agence française de développement et l’Union européenne, qui mobilise plus de 70 millions d’euros pour financer des projets de transition énergétique via des banques tunisiennes partenaires. Ali Kanzari évoque de son côté un financement d’environ 80 millions accordé par la banque allemande KfW pour des projets d’efficacité énergétique dans les établissements publics, ainsi que des fonds italiens destinés à soutenir la mise à niveau des entreprises.

Le Fonds de garantie de l’efficacité énergétique, géré par la SOTUGAR, garantit par ailleurs les crédits bancaires accordés aux entreprises industrielles pour des travaux d’efficacité énergétique réalisés par des sociétés de services énergétiques.

Malgré ces dispositifs, certains obstacles réglementaires persistent. Ali Kanzari estime que le plafond d’injection d’électricité photovoltaïque sur le réseau de la STEG, fixé à 30 % de la capacité installée pour les entreprises, limite la rentabilité des projets. L’UTICA demande sa suppression ou son relèvement à 50 %, afin de réduire les délais de retour sur investissement.

Ridha Chkoundali appelle également à examiner les dispositions du Plan de développement 2026-2030 pour vérifier si les nouvelles exigences européennes y sont pleinement prises en compte. Il rappelle que le plan vise à porter la part des énergies renouvelables à 35 % de la production énergétique nationale, mais estime qu’il est encore difficile d’affirmer que les besoins spécifiques des entreprises exportatrices ont été entièrement intégrés.

Les trois intervenants convergent néanmoins sur un point : l’efficacité énergétique et la décarbonation sont devenues des facteurs déterminants pour la compétitivité des entreprises tunisiennes. Ali Kanzari affirme que « les entreprises tunisiennes n’ont plus le choix », tandis que Kaïes Samet estime que l’efficacité énergétique « n’est plus une question de choix pour les exportateurs tunisiens ; elle est devenue une nécessité pour garantir leur survie et leur pérennité ». Ridha Chkoundali considère enfin que l’enjeu dépasse désormais la simple réduction des coûts énergétiques et concerne directement la capacité des entreprises tunisiennes à conserver leur accès au marché européen.

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MARQUÉE: Ali Kanzari, économistes, Efficacité énergétique, entreprises, Kaies Samet, Ridha Chkoundali
Talel Bahoury 4 juillet 2026
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