La tension diplomatique entre Israël et les États-Unis est montée d’un cran suite à un échange téléphonique houleux durant lequel Donald Trump aurait remonté les bretelles à Netanyahou au sujet des frappes au Liban, et notamment à Beyrouth.
C’est dans son langage fleuri que Donald Trump s’en est pris d’une manière violente à Benyamin Netanyahou, sans doute le dirigeant étranger le plus proche de lui. Invité à sept reprises à la Maison Blanche, le Premier ministre israélien appartient presque au premier cercle du président américain. Un lien forgé par des années de convergence politique, d’affinités idéologiques et de relations personnelles étroites.
« T’es complètement cinglé »
Ainsi, le site américain Axios a rapporté, lundi 1er juin, une conversation téléphonique houleuse entre le président des Etats-Unis et le Premier ministre israélien. Citant un officiel américain, le média affirme que Donald Trump a vu rouge en constatant que Benyamin Netanyahou souhaitait bombarder Beyrouth, dans le cadre de l’offensive de l’armée israélienne contre le Hezbollah
« T’es complètement cinglé ! Qu’est-ce que tu fous ? Tu serais en prison sans moi. Je t’ai sauvé les fesses. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça », lui aurait lancé le milliardaire républicain, faisant référence au procès pour corruption visant le Premier ministre israélien depuis 2020.
Ce n’est pas la première fois que les échanges entre les deux dirigeants sont houleux. Le 19 mai dernier, ils avaient échangé au sujet d’un possible accord avec l’Iran lors d’un entretien téléphonique décrit comme particulièrement difficile. Selon une source citée par Axios, « Netanyahou était rouge de colère ». Le média rapporte également que Donald Trump aurait déclaré au cours de cette conversation que Benyamin Netanyahou « fera tout ce que je lui demanderai de faire » en ce qui concerne les décisions relatives à l’Iran.
L’équation libanaise
Étonnante remontrance adressée au dirigeant israélien, lui qui a su convaincre Donald Trump de s’engager dans le bourbier d’un conflit aux conséquences incertaines avec l’Iran.
Que lui reproche-t-il aujourd’hui ? De mener au Liban une offensive militaire devenue difficile à maîtriser contre la milice chiite du Hezbollah, officiellement pour assurer la sécurité des Israéliens vivant à proximité de la frontière libanaise. Depuis le 2 mars dernier, ces frappes ont fait quelque 3 400 victimes côté libanais et coûté la vie à 27 soldats israéliens. Elles ont également eu pour effet de compromettre les négociations avec l’Iran visant à mettre un terme à une guerre qui aura ébranlé l’économie mondiale et qui, localement, risque de faire perdre la majorité au locataire de la Maison Blanche alors que élections de mi-mandat approchent dans un climat économique tendu.
« A quelques mois des élections de mi-mandat, le timing n’est pas bon pour le républicain qui avait promis la destruction rapide du régime iranien », explique un analyste politique. Tout en ajoutant que « le président américain semble s’être fait avoir par la rhétorique de Netanyahou. Là où il pensait faire un bon coup géopolitique, il se retrouve embourbé dans une situation pire qu’avant avec le détroit d’Ormuz fermé, les prix de l’essence toujours aussi hauts et des mauvais sondages ».
Or le front libanais cristallise l’un des points majeurs de crispations dans les discussions : Téhéran refuse de signer tout accord avec les Américains tant que les hostilités israéliennes contre le Hezbollah libanais ne s’arrêtent pas.
Et c’est dans ce contexte explosif que Donald Trump a été contraint d’endosser le rôle de pompier. Alors que le Premier ministre israélien menaçait, le 1er juin, de frapper la banlieue sud de Beyrouth, le président américain est intervenu en urgence en annonçant sur son réseau Truth Social un cessez-le-feu, coupant court à l’opération envisagée contre la capitale libanaise. Cette intervention n’a toutefois pas infléchi la détermination de Benyamin Netanyahou, qui a aussitôt réaffirmé sa volonté de poursuivre les opérations militaires dans le sud du Liban, où plusieurs frappes ont encore été menées lundi 1er et mardi 2 juin.
Surenchère
Au risque de défier « le plus grand ami qu’Israël ait jamais eu à la Maison Blanche » ? Sous la pression de l’aile la plus radicale de sa coalition, farouchement opposée à toute ingérence américaine dans le dossier libanais, Benyamin Netanyahou ne paraît pas disposé à céder aux injonctions de Donald Trump sur le dossier libanais.
« C’est le moment de dire non à notre ami, le président Trump », a ainsi lancé le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, figure de l’extrême droite nationaliste. Cette surenchère intervient alors qu’une nouvelle session de pourparlers entre Israël et le Liban s’est tenue à Washington, le 2 juin. Dans le même temps, le Premier ministre israélien et son ministre de la Défense, Israël Katz, affichent des ambitions croissantes au Liban, envisageant d’étendre la zone d’influence israélienne jusqu’au fleuve Zahrani, situé à une quarantaine de kilomètres de la frontière.
Se tenir par la barbichette
Alors, s’agit-il d’un simple accroc diplomatique ou du début d’une rupture durable entre Donald Trump et le sulfureux dirigeant israélien ? À ce stade, il s’agirait davantage d’un regain de tensions entre deux alliés stratégiques que d’un véritable divorce. Car malgré leurs divergences ponctuelles, les liens qui unissent Washington et Tel-Aviv demeurent profonds : Israël reste largement tributaire du soutien militaire et financier américain; tandis que les États-Unis continuent de considérer l’État hébreu comme son bras armé au Proche-Orient.