Le déficit commercial de la Tunisie a atteint près de 21,8 milliards de dinars en 2025, contre 18,9 milliards en 2024 et 17,1 milliards en 2023, selon les statistiques de l’Institut National de la Statistique (INS). Le taux de couverture des importations par les exportations a chuté à 64,5%, signalant une incapacité croissante à financer les importations par les exportations. Pour Khouloud Toumi, analyste en politique économique, ces chiffres témoignent d’une dégradation structurelle préoccupante.
« Cette évolution reflète des rigidités structurelles de l’économie tunisienne bien plus qu’un simple choc conjoncturel », souligne Khouloud Toumi, dans une déclaration à L’Economiste Maghrébin. L’analyste identifie cinq facteurs principaux expliquant cette dégradation.
Une dépendance persistante aux importations dans tous les secteurs clés
Sur les dix premiers mois de 2025, les importations ont atteint 65 milliards de dinars contre 67,34 milliards en 2024, soit une augmentation de plus de 5%. Les secteurs les plus concernés sont l’énergie, les biens intermédiaires, l’équipement industriel et les produits alimentaires. « Il y a une faible élasticité-prix et une forte élasticité-revenu : toute reprise de la demande intérieure entraîne mécaniquement une hausse des importations », explique l’analyste.
Les exportations des dix premiers mois de 2025 s’élèvent à 52,21 milliards de dinars, contre 51,62 milliards en 2024. Toutefois, Khouloud Toumi pointe une dépendance élevée aux intrants importés, notamment dans le textile, la mécanique et l’électrique. « Chaque dinar exporté entraîne une demande parallèle d’importation, limitant l’amélioration du solde commercial », précise-t-elle.
Le déficit énergétique contribue à hauteur de 8 milliards de dinars au déficit total. « Les importations d’énergie sont peu substituables. Le facteur énergétique est peu sensible à la dépréciation monétaire, à la compression de la demande ou aux chocs extérieurs », analyse l’experte.
Khouloud Toumi évoque également une productivité limitée, des coûts logistiques élevés, un faible investissement et une instabilité réglementaire. Ces facteurs rendent « impossible de substituer rapidement les importations et de monter en gamme les exportations ».
La concentration des exportations vers le marché européen rend le commerce extérieur sensible aux cycles économiques des partenaires. « En 2025, le ralentissement relatif en Europe a affecté la dynamique des exportations », constate-t-elle.
Concernant la dépréciation du dinar tunisien, l’analyste estime qu’elle reste « inefficace car l’économie dépend fortement des intrants importés pour produire et exporter ». Elle rappelle que la Tunisie importe des matières premières et semi-finies, notamment depuis la France, l’Allemagne et l’Italie, y ajoute une valeur ajoutée limitée, puis réexporte vers ces mêmes marchés.
Cinq axes stratégiques pour sortir de l’impasse
Pour réduire le déficit commercial, Khouloud Toumi propose cinq axes stratégiques. Le premier consiste à substituer les importations en développant les secteurs capables de produire des biens essentiels pour réduire la dépendance extérieure. Le deuxième vise à réduire le contenu importé des exportations en soutenant les fournisseurs nationaux, l’investissement productif et l’intégration locale dans les chaînes de valeur. Le troisième axe porte sur l’allégement du déficit énergétique par la diversification des sources d’énergie, l’efficacité énergétique et la transition vers le renouvelable. Le quatrième recommande de diversifier les marchés et les produits exportés en explorant l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie pour réduire la dépendance à l’Europe. Enfin, le cinquième axe préconise d’améliorer la compétitivité hors-prix à travers la productivité, la qualité, une logistique fiable et une stabilité réglementaire pour rendre les exportations plus résilientes.
« Le déficit commercial tunisien en 2025 est structural et non conjoncturel. Il résulte d’une dépendance aux importations, d’exportations à faible valeur ajoutée, d’un déficit énergétique persistant et d’une faible capacité d’ajustement de l’offre », conclut Khouloud Toumi. Selon elle, seule une transformation du modèle économique tunisien permettra de remédier durablement à cette situation en développant l’offre locale, en augmentant la valeur ajoutée des exportations, en diversifiant les marchés et en renforçant la compétitivité structurelle. « Sans ces réformes, le déficit restera une contrainte sur la stabilité macroéconomique et les financements extérieurs du pays », avertit-elle.
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