La Tunisie a-t-elle besoin d’un nouveau Hédi Nouira ?

Aux grands hommes, la Tunisie est reconnaissante. Bien évidemment, les personnalités qui ont apporté leur pierre à l’édifice du pays ne tombent jamais dans les oubliettes de l’histoire. Et comment ? Des décennies après leur disparition, les Tunisiens se rappellent toujours de leurs faits d’arme dans tous les domaines. Quand il s’agit de l’économie tunisienne, voici que l’Association “Mémoire Hédi Nouira” commémore le 30ème  anniversaire de la disparition du fondateur de l’économie tunisienne Hédi Nouira.

Dans un geste symbolique lourd de sens, l’auditorium Hédi Nouira de la Banque centrale de Tunisie (BCT) a abrité l’événement, le 25 janvier 2023, comme pour rappeler que Hédi Nouira était le premier gouverneur de cette institution monétaire officielle.

Hédi Nouira était militant destourien, premier gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, du 30 septembre 1958 au 09 novembre 1970. Il joua un rôle majeur dans le développement de l’économie et la dynamique de la société tunisienne. Et ce malgré les crises du pouvoir (conflit avec la centrale ouvrière et son leader Habib Achour, achevées avec les évènements sanglants du 26 janvier 1978 et la tentative du coup d’Etat mené par le régime libyen, à partir de Gafsa à l’aube du 27 janvier 1980) et premier ministre sous Bourguiba (Novembre 1970- avril 1980).

En effet, économistes et la jeune réalisatrice Sameh Mejri ont rendu un vibrant hommage à ce pilier de l’économie tunisienne. Les économistes par un débat riche et la jeune réalisatrice Sameh Mejri par un documentaire projeté en avant-première, lors de l’événement intitulé “هادي نويرة الزعيم الصامت” . Le documentaire est revenu sur plusieurs aspects de la vie du premier ministre de Bourguiba en se basant sur plusieurs témoignages véridique.

Hédi Nouira vu par Marouane Abassi

Lors de son allocution, le gouverneur de la BCT, Marouane Abassi a déclaré que “L’épopée de la création de la Banque Centrale de Tunisie et de la monnaie nationale reste parmi les faits les plus marquants de l’œuvre de Hédi Nouira qu’il désignait par “la Maison d’Etat”, incarnation de l’indépendance monétaire, pierre angulaire de l’indépendance économique”.  Par ailleurs, il indique que “Le Gouverneur fondateur s’attaqua méthodiquement à en ériger les piliers de bonne gouvernance basée sur une politique monétaire rigoureuse mais soucieuse de l’appui nécessaire au système financier naissant tout en veillant à préserver son indépendance, contre les velléités de tutelle du Ministère des Finances”.

Agir en période critique

Le gouverneur de la BCT rappelle que Hédi Nouira a agit dans une période critique de l’histoire de la Tunisie. “Dans ce contexte particulièrement difficile et imprégné d’incertitude, fort d’une vision et d’un programme ambitieux, il a mené une politique axée sur la stimulation de l’initiative privée comme créateur de richesse et d’emploi, tout en préservant les fondements de l’Etat régulateur, garant des équilibres macroéconomiques, de la pérennité des services publics et de la cohésion sociale”. Et d’indiquer que Hédi Nouira a pris en considération la dimension sociale dans son œuvre contrairement aux propos de ses détracteurs qui le prenaient pour un libéral.

D’ailleurs, cet homme d’Etat était à l’origine de la création de “La  politique contractuelle” négociée avec les partenaires sociaux et s’inscrit dans cette volonté d’assurer une paix sociale pas toujours facile à maintenir”.  Revenant sur la célèbre loi 72-38, “tant décriée par des esprits guidés par des idéologies rigides a constitué alors un tremplin pour l’émergence d’un tissu industriel dynamique destiné à assurer le transfert du savoir faire et de la technologie et à stimuler l’exportation et l’emploi”. Il rappelle, également, que la croissance s’est élevée à près de 10% en moyenne sur la période.

Les cinq piliers du bâtisseur de l’économie tunisienne

De son côté, le président de l’Association “Mémoire Hédi Nouira” Ahmed El Karm a indiqué, lors de son intervention, que  la Tunisie, dans la conjoncture actuelle, a bel et bien besoin de l’esprit et des stratégies de Hédi Nouira.

L’intervenant affirme dans le même contexte, que les stratégies de ce bâtisseur de l’économie tunisienne se résument en cinq points. Il s’agit de ses efforts pour la fondation d’une administration forte, efficace et capable de faire des réalisations. Le deuxième point est l’intérêt particulier qu’il a accordé au secteur privé.

Le troisième point est son intérêt pour la dimension sociale et son ouverture sur le dialogue social. Il rappelle, dans le même ordre d’idées que Hédi Nouira a renforcé la classe moyenne d’une part et a œuvré pour l’amélioration de la situation de la classe défavorisée.

Le quatrième point porte sur les bonnes relations extérieures de la Tunisie notamment pour booster les exportations grâce à la loi 72. Le cinquième point porte sur la bonne gouvernance.

L’intervenant affirme que Hédi Nouira maîtrisait les dépenses de l’Etat et pour cela, il a mis les mécanismes nécessaires pour garantir la bonne gouvernance.

Eclairage historique

Présent lors de la cérémonie, l’ancien président de la République et ministre des Affaires sociales dans le gouvernement de Hédi Nouira Mohamed Ennaceur affirme que feu Hédi Nouira avait en 1974 commencé à mettre en œuvre la politique contractuelle qui consiste à des négociations entre le capital et les travailleurs dans un cadre d’un pacte social où tous les sujets relatifs à l’emploi sont débattus.

La situation est restée la même jusqu’à 1977 où la crise a surgi au niveau social et politique notamment avec les liens qui se sont tissés entre le secrétaire général de l’UGTT Habib Achour et le président libyen Mouammar Kadhafi d’une part et les liens étroits qui se sont tissés entre feu Hédi Nouira et Habib Achour, d’autre part.

Regards croisés

Pour alimenter le débat, un panel de discussion a été lancé autour des relations extérieures de la Tunisie au temps de Hédi Nouira.

Les différents panélistes ont évoqué les différents aspects de la question. Mohamed Sassi, enseignant chercheur en Histoire économique de l’Université de Tunis est revenu sur les piliers de la diplomatie de Hédi Nouira.

Le directeur général de l’Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation Omar Bouzaoueda a expliqué, lors de son intervention, en quoi la loi 72 élaborée par feu Hédi Nouira est un exemple d’ouverture sur l’extérieur.

Mounir El Ghazali, Associé d’Ernst and Young en charge des Activités du conseil aux gouvernements et au secteur Public est revenu sur le sujet de la consolidation des relations avec l’Europe.

Au final, l’ancien ambassadeur Ahmed Ounais est revenu sur la gestion des contraintes régionales à l’époque du bâtisseur de l’économie tunisienne.

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De formation littéraire, Hamza Marzouk travaille à l’Économiste Maghrébin depuis 2011. Il suit de près les mouvements sociaux, sous toutes leurs formes depuis 2011.Les droits socioéconomiques sont son domaine de prédilection. De même, il s'intéresse au monde de la culture et de l'art plus particulièrement : entrepreneuriat culturel et le cinéma tunisien.

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