Devant le malaise de la santé publique : recruter est-ce la solution?

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L’annonce par le ministre de la Santé, le Professeur Ali Mrabet, du recrutement, très prochainement de 5000 soignants, entre médecins et personnels paramédicaux, m’a interpellé.

Il est vrai que sur l’ensemble des 7079 médecins du secteur public, 80 % d’entre eux exercent sur la côte qui abrite également les deux tiers du personnel paramédical. Ce gradient est-ouest devrait être certainement réduit. Mais est-ce à travers un recrutement massif? D’autant que la masse salariale représentait 77 % des dépenses du ministère de la santé en 2022 et 73 % en 2023?

Selon la loi de Finances 2023, l’Etat prévoit l’ouverture de 8398 postes dont 1487 répartis entre le ministère de la Santé et dix autres ministères. Comment comptons nous financer les autres postes? Même si nous tenions compte des 1240 médecins et paramédicaux recrutés à l’étranger dans le cadre de la coopération technique en 2022, sur quel poste budgétaire puiser pour rémunérer le reste des nouvelles recrues?

Les dépenses du ministère de la Santé ne représenteront, en 2023, que 6,78 % des dépenses publiques. Nous plaçant ainsi très loin des objectifs de la Déclaration d’Abuja qui recommande d’allouer 15 % du budget à la santé. Ceci explique nos faibles capacités réelles de recrutement et d’investissement pour sauver la santé publique.

Vouloir recruter pour faire face au déficit en ressources humaines est légitime. Cependant, ne faut-il pas faire le nécessaire pour retenir ceux qui exercent dans les structures publiques, grâce à :

  1. La mise en place d’un cadre juridique définissant la responsabilité et protégeant le personnel soignant contre la judiciarisation abusive et injustifiée de l’exercice médical et contre la violence de plus en plus fréquente à l’égard du personnel soignant;
  2. La revalorisation du rendement à sa juste valeur;
  3. L’amélioration des conditions du travail, en commençant par le réaménagement des locaux et leur réhabilitation.

Rendre l’hôpital public plus attrayant pour trouver le personnel soignant prêt à y travailler et à s’y consacrer, passe également par l’investissement en équipement dans toutes les structures sanitaires et dans chaque région, selon ses besoins. Et ce, de façon à assurer une prise en charge de proximité, globale et de qualité. Les moyens mis en place, à l’heure actuelle, sont très insuffisants. Et nous ne devons pas nous étonner des conséquences observées ces dernières années. La politique générale de santé ne semble pas prioriser l’investissement. En effet, selon la loi de finances de 2023, la part des dépenses allouées à l’investissement perd 0,5 % comparée à celle de 2022. Laquelle ne représentait que 12,% de l’ensemble des dépenses publiques, en 2022. Vouloir augmenter la masse salariale et diminuer la part des dépenses d’investissement ne semble pas être la meilleure stratégie. Il est clair qu’il faudrait :

  1. Augmenter à la fois le budget global de la santé en visant le seuil de la déclaration d’Abuja fixé à 15 % et la part de l’investissement;
  2. Assurer une adéquation entre la répartition du personnel signant entre les différentes structures en fonction des besoins et de l’équipement existant. En œuvrant à acquérir l’équipement nécessaire pour une prise en charge de proximité globale répondant aux recommandations internationales.

Par ailleurs, il est à noter que le manque de moyens financiers ne constitue pas le seul obstacle à l’investissement en santé dans notre pays. En Effet, l’inadaptation des règles du marché public aux spécificités du secteur de la santé, qui nécessite une célérité dans l’acquisition d’un équipement dont la technologie est en perpétuelle évolution, rend souvent le matériel acquis en déphasage technologique au moment de son acquisition. De plus, l’imprévisibilité des urgences thérapeutiques et donc des besoins en dispositifs médicaux transforme le respect rigoureux des règles et des procédures d’une bonne pratique de gouvernance en un obstacle à une prise en charge adéquate des patients. C’est pourquoi il faudrait :

  1. Améliorer en même temps l’arsenal juridique du marché public en faveur d’une nouvelle législation tenant compte des spécificités du secteur de la santé;
  2. Mettre en place, en parallèle, les gardes fous nécessaires pour lutter contre tous les facteurs de risque de corruption.

Par Dr Nazih Zghal

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