Amina Annabi revient sur le devant de la scène

Photo: Nicolas fauqué

Amina Annabi, l’interprète de «C’est le dernier qui a parlé qui a raison», ayant marqué des générations, revient sur le devant de la scène, trente ans après sa participation à l’Eurovision en 1991. Elle était de passage en Tunisie, son pays d’origine. Rencontrée lors de l’exposition (Re)born, à Tunis, elle nous raconte son parcours. Interview. 

 

EM: 30 ans après, qu’est devenue Amina Annabi? Qu’avez-vous fait durant ces trois décennies? 

Amina Annabi: J’ai beaucoup voyagé. Pour commencer, j’ai fait une tournée aux Etats-Unis, puis je suis partie vivre en Suède durant onze ans. D’ailleurs, j’ai enchaîné les tournées. Et j’ai également créé deux groupes de musique. Ce qui m’a permis d’utiliser de nouveaux sons musicaux, une sorte de mélange de musiques scandinave, arabe, et jazz. D’autant plus que la Suède est connue pour ses très bons musiciens.

Et puis, j’ai décidé de retourner à Paris en 2015 où j’ai sorti un disque intitulé “La lumière de mes choix.” Aujourd’hui, on m’a un peu perdue de vue sur la scène musicale. 

Il est vrai qu’on vous a perdue de vue sur la scène musicale, quel regard portez-vous sur votre participation à l’Eurovision

Quand on me parle de l’Eurovision, j’ai l’impression que c’était une autre vie, car c’est tellement vieux. En fait, moi, j’oublie l’Eurovision. En revanche, les gens me le rappellent souvent. Cependant, il n’y a pas que l’Eurovision, puisque j’ai produit d’autres albums.  Mais cela n’empêche que quand vous avez un morceau de musique qui cartonne, les gens vous reconnaissent à travers ce morceau. C’est le prix à payer. Cela dit, j’espère cette fois renouer avec mon public. 

Pourquoi ne vous voit-on pas assez souvent dans les médias? 

A mon sens, les médias font ce qu’on leur demande de faire. En tout cas, actuellement, la musique arabe, on l’entend moins en France, contrairement aux autres années. 

Et pourquoi donc? 

Je pense que c’est politique, même dans le domaine de la musique. Il y a de la politique partout, et cela a toujours été ainsi. 

Justement, pour revenir à ce métissage, c’était plus difficile dans les années ’80-’90 que maintenant? 

Je pense que c’est plus difficile maintenant. Car le monde d’aujourd’hui est devenu très communautaire, beaucoup plus divisé qu’à une certaine époque. D’ailleurs, on vous colle une étiquette: soit vous êtes chanteur pour l’Eurovision, soit pour  LGBT, soit pour les Africains. Ce qui fait qu’on a moins de métissage, que ce soit à la télé ou dans les médias en général. 

En d’autres termes, le monde d’aujourd’hui est devenu moins tolérant qu’avant…

La tolérance est l’histoire des personnes. Je prends un exemple: à l’époque du président français François Mitterrand, dans les années ’80, on parlait beaucoup de métissage de cultures. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. De plus, je prends le cas des Etats-Unis ou de la Suède, nous assistons à de nouvelles sonorités comme la musique électronique, mais une belle chanson reste une belle chanson, malgré les années. Elle reste indémodable.

Cela dit, cette année, je vais venir chanter avec un Dj tunisien, Ahmed Benjemy, à Hammamet. Ce sera une nouveauté, un mélange d’électro, des envolées de voix en arabe, en espagnol, en indien. Je vous rappelle que j’ai vécu en Inde un certain moment et j’y ai appris le yoga du son. Ce qui m’a permis de développer une certaine technique de respiration. D’ailleurs, j’ai enseigné le yoga du son en Suède. De plus, ma mère était professeur de yoga, une discipline que j’ai commencée à l’âge de 12 ans.

Quelle est votre devise dans la vie?

Je n’ai pas de devise. Par contre, la liberté est importante, à mon sens. Revenir sur ce qui est essentiel pour soi. Et c’est ça, la liberté, se rencontrer et se reconnaître.

Si on vous proposait de former un duo, vous choisiriez qui?

Je choisirais Sting. Parce qu’il est sincère et il dégage beaucoup d’émotions. Plus encore, il intègre ce qu’il dit. D’autant plus qu’il est cohérent avec lui-même.

Et si c’était un artiste arabe, ce serait qui?

J’aimerais bien, mais je ne sais pas qui choisir. Il faut que je réfléchisse. Et justement, je reviendrai cet été en Tunisie pour rencontrer des artistes tunisiens.

 

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