Ghannouchi et Mekki : répartition des tâches, mais le scénario est le même

Apparemment en conflit ouvert avec  le leader indéboulonnable du parti islamiste d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, l’ancien dirigeant frondeur à la tête du « groupe de 100 », Abdellatif Mekki, poursuit le même schéma tactique tracé par son ancien mentor. A savoir: affaiblir le président de la République. Quitte à impliquer les institutions sécuritaires et militaires dans un conflit censé être politique.

Simple coïncidence ou distribution délibérée des rôles? L’enfant terrible d’Ennahdha et ancien lieutenant de Rached Ghannouchi, Abdellatif Mekki, estimait hier mardi 17 mai au micro de Zouhair Jiss sur Jawhara FM que le président de la République, Kaïs Saïed est désormais dans une situation intenable. Et ce, eu égard à « l’impopularité croissante du putsch perpétré le 25 Juillet ». Et que, par conséquent « il ne reste que les forces sécuritaires et militaires, tenaillées entre l’obligation de protéger le pouvoir en place et le respect de la Constitution ».

« La solitude de Kaïs Saïed », dixit Mekki

Le putsch n’est plus « éthiquement et légalement acceptable », poursuit-il. Et « les partis politiques qui l’avaient appuyé ont fait un pas en arrière suite aux décrets qu’il a publiés. Sans parler de la réticence des organisations nationales au dialogue national que le chef d’Etat souhaiterait initier », ajoute Abdellatif Mekki.

« Ceci est la preuve que toute personne dotée de bon sens s’est aperçue que ce qui s’est passé n’était ni une correction constitutionnelle ni une correction politique. Mais un putsch que personne n’acceptera ». Ainsi conclut l’ancien ministre de la Santé.

« La Grande muette sera neutre »

Même son de cloche de la part du leader historique du parti islamique d’Ennahdha. Ce dernier revenait samedi 14 mai sur le rôle de l’armée tunisienne. Pour affirmer sans sourciller que la Grande muette ne se dressera pas contre la volonté populaire, quand le peuple décidera « d’en finir » avec l’actuel chef de l’Etat.

« Les institutions militaires et sécuritaires ne font que se soumettre aux directives de Kaïs Saïed dans la mesure où il est le commandant suprême des forces armées. Ces institutions ne pourraient pas s’ériger contre la volonté du peuple lorsqu’il dira son mot ». Ainsi, s’exprimait l’ex-président de la défunte ARP, sur la chaîne BBC Arabic.

Mais d’où tient-il cette certitude?  Ne révélait-il pas, en octobre 2012, via une vidéo fuitée et en présence d’un parterre de salafistes qui buvaient littéralement ses paroles, que « l’armée et la police ne sont pas garanties » ?

Faut-il prendre les propos de Ghannouchi comme une menace voilée contre nos institutions militaires et sécuritaires. Et ce, dans le cas où elles serviraient de rempart à la légitimité présidentielle contre un éventuel « soulèvement populaire » ?

Dans tous les cas de figure, Rached Ghannouchi cherche par des moyens tordus à compromettre nos forces de l’ordre ainsi que notre armée républicaine. Et ce, dans un conflit politique qui l’oppose à sa bête noire, l’actuel locataire du palais de Carthage.

Le piteux mea culpa de Ghannouchi

Après le Figaro, le leader d’Ennahdha- qui n’a jamais pardonné à Kaïs Saïed de l’avoir éjecté de son Perchoir- a fait semblant de faire un mea culpa. En considérant, lors de l’interview accordée à la chaîne BBC Arabic, que « la plus grande erreur de son parti était d’avoir élu Kaïs Saïed en 2019, en lui apportant son soutien ».

Drôle de confession. Pourquoi ne pas avouer publiquement que lors de l’élection présidentielle de 2019, il avait appelé à voter massivement en faveur de Kaïs Saïed pour deux raisons.

D’abord, parce qu’il estimait à tort, que l’ancien professeur du droit constitutionnel était un novice en politique, donc forcement malléable à souhait. Une sorte de marionnette à Carthage.

Ensuite, pour affaiblir le candidat d’Ennahdha, Abdelfattah Mourou, jugé à l’époque comme un potentiel adversaire politique au sein du parti d’Ennahdha. Donc, il fallait l’éliminer de la course, en l’humiliant par-dessus le marché par un score pitoyable.

Mais, M. Ghannouchi est-il conscient que dans un régime démocratique, le chef ayant commis une bourde pareille, à l’origine de tous les malheurs de son parti, doit impérativement démissionner, voire quitter la vie politique au lieu de s’y accrocher à 80 ans, comme une sangsue? Et que trouve-t-il comme piteuse excuse pour justifier sa myopie politique ? « L’action politique est humaine et pouvait comporter des erreurs ».

Pathétique.

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