A 77 ans, Néjib Chebbi va-t-il commencer une carrière de putschiste?

En lançant son projet de former un Front de salut national ainsi que de composer un gouvernement parallèle pour « sauver la Tunisie de l’effondrement », le chef du bureau politique du parti Amal, Ahmed Néjib Chebbi, a-t-il bien calculé son coup? Réalise-t-il que cette initiative, inspirée et concoctée par Rached Ghannouchi en personne, représente un coup d’Etat en règle contre le pouvoir en place?

A 77 ans, le fondateur historique du Parti démocrate progressiste (PDP), Ahmed Néjib Chebbi, reprend son bâton d’infatigable militant. Et ce, pour défendre cette fois-ci une cause qui semble perdue d’avance: celle de constituer un Front de salut national. Avec pour ossature principale le parti islamiste Ennahdha et  l’infréquentable coalition d’Al Karama.

Ahmed Néjib Chebbi, l’homme de main de Ghannouhi?

L’opposant historique à Ben Ali et l’ancien militant au sein du mouvement d’extrême gauche Perspectives est-il devenu, ironie de l’Histoire, l’homme de main de Rached Ghannouchi?
N’oublions pas que déjà en 2005, des figures historique de la gauche laïque, à l’instar d’Ahmed Néjib Chebbi, Hamma Hammami, Mokhtar Yahyaoui, scellaient un accord. Et ce, dans le cadre du Mouvement du 18 octobre, avec les islamistes Samir Dilou, Abderraouf Ayadi et Mohamed Nouri. En entamant une grève de la faim sauvage. Objectif: réclamer la liberté d’organisation politique et associative; la liberté d’expression; et une amnistie générale pour tous les prisonniers d’opinion.
Une action qui avait eu un grand retentissement dans les médias internationaux. Et ce, au moment précis où Tunis accueillait le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI). Portant ainsi un coup fatal à l’image du régime de Ben Ali.
16 ans plus tard, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2009, se range aux côtés d’Ennahdha. Pour dénoncer les dérives du président Kaïs Saïed depuis son coup de force du 25 juillet 2021. Une alliance contre nature qui sent le soufre, avec la mouvance islamiste d’Ennahdha teintée de la pensée salafiste de la Confrérie des Frères musulmans. Et ce, eu égard à son passé de défenseur acharné des causes justes et de militant progressiste et laïque.

Un Front national composé d’Ennahdha et d’Al Karama

Et que propose le nouvel allié de Rached Ghannouchi? « La formation d’un front de salut national pour unifier les positions sur le terrain et sauver la Tunisie de l’effondrement ». « Sans toutefois revenir là où nous étions le 24 juillet ». Ainsi, s’est-il empressé de souligner, lors d’une conférence de presse tenue hier mardi 26 avril.
A cet égard, le Front de salut national sera composé de cinq partis : Ennahdha, Qalb Tounes, la Coalition d’Al Karama, le parti al-Irada et le parti Amal. Ainsi que cinq organisations, dont Citoyens contre le coup d’Etat. C’est encore ce que précisait M. Chebbi.
« La Tunisie traverse une grande épreuve politique. Laquelle se double d’une épreuve socio-économique et d’une crise financière sans précédent », déplore-t-il. Or, « Non seulement le 25 juillet n’a présenté aucune solution à cette crise, mais il l’a même exacerbée », poursuit-il. Concluant que « la Tunisie a besoin de sauvetage et a besoin d’un gouvernement de salut ».

Vers un gouvernement fantoche?

Traduction: derrière la décision « légitime » de former un Front de salut national, une initiative politique tout à fait normale en temps normal, se cache la pernicieuse intention de mettre sur pied un « gouvernement fantoche » à la botte des islamistes d’Ennahdha. Lequel gouvernement « devra avoir un programme de sauvetage à même de sortir le pays de la crise économique, sociale et financière. Ce gouvernement devra faire l’objet d’un large soutien et d’un large consensus ». Car « ce programme de réformes économiques a un coût social ».
Enfin, le mot est lâché. Car que propose Néjib Chebbi au juste? Un gouvernement parallèle à celui de Mme Neïla Bouden. Et de facto, une légitimité parallèle au pouvoir exécutif en place. A l’instar de ce qui se passe en Libye voisine et au Yemen. A savoir, deux pays en guerre et qui se disputent la même légitimité. Terrifiant.

Absurdité et aberration

Décoiffant. La dernière sortie de M. Chebbi mérite d’être homologuée dans une anthologie de l’absurde et du non-sens. Car, il s’agit bien d’un coup d’Etat non déguisé contre le pouvoir en place.
Ceci-dit, « sans toutefois revenir là où nous étions le 24 juillet ». Par quel mécanisme? Et quelle est l’instance légitime qui devrait plébisciter ce gouvernement crée de toute pièce.
Enfin, comment vouloir renverser le régime de Kaïs Saïed tout en conservant les mesures exceptionnelles prises par lui le 25 juillet et le 22 septembre 2021? Absurde. Mais M. Chebbi n’en est pas à une contradiction près.

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