La Méditerranée face à une sécheresse historique

Les pays du pourtour de la Méditerranée (dont le Maroc, en particulier) sont particulièrement affectés par un déficit pluviométrique. Et les perspectives estivales confirment une sécheresse anormale, synonyme de tensions sur les ressources hydriques. Cette donnée conjoncturelle s’inscrit en réalité dans un contexte plus global. Les prévisions climatiques pour les prochaines décennies sont alarmantes. En effet, la sécheresse estivale, caractéristique majeure du climat de type méditerranéen, est appelé à s’étendre à une grande partie de l’année. Et ce, en raison des conséquences du réchauffement climatique.

Au Maghreb, l’aridité de type saharien risque de se développer. En imposant des conditions climatiques semi-désertiques. Le dernier rapport du GIEC alerte sur les conséquences en Méditerranée de l’inaction politique face à de tels défis.

La Méditerranée : l’un des « hot-spots » du changement climatique

Sujet aux périodes de sécheresse et aux événements de pluie extrêmes, le bassin méditerranéen est une région particulièrement sensible au dérèglement du climat. La Méditerranée figure parmi les « hot-spots » du changement climatique. Ainsi, les effets attendus y sont très importants et les impacts environnementaux et socio-économiques risquent d’y être brutaux.
Selon le 4ème Rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, 2007), une hausse très sensible de la température a été constatée au XXe siècle dans la région méditerranéenne. Avec un réchauffement de près de 2° C sur le Sud-Ouest de l’Europe (péninsule Ibérique, Sud de la France) et très net sur le Nord de l’Afrique. Même s’il est plus difficilement quantifiable en raison du manque de données fiables.
L’espace méditerranéen est l’une des régions qui devraient être le plus fortement touchées par le changement climatique au XXIe siècle. C’est ce que confirme les perspectives du GIEC (4ème Rapport de 2007) et du Plan Bleu sur le développement durable en Méditerranée (2008). Puisque la température annuelle moyenne devrait augmenter de 2,2 à 5,1° C pour la période 2080-2099 par rapport à la période 1980-1999. Soit nettement plus que la moyenne planétaire.

Un dérèglement climatique déjà palpable

D’ailleurs, le changement climatique s’est déjà traduit par une hausse du niveau de la mer. Ainsi que par des sécheresses plus intenses et plus régulières dans le pourtour méditerranéen. Celles-ci ont des effets sur l’agriculture et la pêche (diminution des rendements). Mais également sur l’attractivité touristique (vagues de chaleur, raréfaction de l’eau); et les zones côtières et les infrastructures (renforcement de l’érosion et de la salinisation, réduction du volume des nappes phréatiques d’eau douce).
Certes, les sociétés méditerranéennes connaissent une longue tradition d’adaptation aux problèmes liés à la sécheresse, aux variations de température et de précipitations. Il n’empêche, l’accélération du rythme du réchauffement climatique met cette acculturation à rude épreuve. En effet, l’augmentation des températures s’accompagne d’épisodes de sécheresse plus étalés dans le temps. De même que d’inondations massives et de crues rapides plus régulières.
A cet égard, les zones méditerranéennes les plus vulnérables seront celles de l’Afrique du Nord voisines des zones désertiques. Ainsi que les: grands deltas (du Nil, du Pô et du Rhône notamment); zones côtières des rives nord et sud du Bassin; zones à forte croissance démographique et socialement vulnérables (rives sud et est, villes denses et banlieues).
De ce fait, les PSEM (Pays du Sud et de l’Est méditerranéen) apparaissent plus vulnérables. Car ils sont plus exposés à l’accélération de la désertification et de l’aridité des sols, comme à la raréfaction des ressources en eau. De plus, ils sont dotés de structures économiques qui dépendent plus fortement des ressources naturelles.

Des conséquences sur l’activité humaine

Le dernier rapport du GIEC (paru début mars) souligne les risques pour les sociétés humaines et les écosystèmes de Méditerranée. A savoir: la pénurie d’eau; la montée des eaux (leur acidification et le réchauffement impactent les écosystèmes); les installations humaines et le patrimoine; autant que l’agriculture ou la pêche et la production aquacole. La biodiversité est donc en danger.
Alors, le changement climatique doit être abordé à partir de la question de « l’adaptation » des activités humaines aux changements probables ou possibles.
Si la problématique de l’adaptation de l’offre touristique face aux effets du changement climatique se pose en particulier (à cause notamment de son impact environnemental et de ses besoins en eau), les enjeux sont multisectoriels. Par conséquent, les pays riverains de la Méditerranée ont une responsabilité particulière dans la préservation de leur environnement. Et ce, face à: la croissance démographique et l’urbanisation côtière; l’industrialisation de l’agriculture (augmentation des surfaces et des intrants chimiques); et au développement du trafic maritime. Ces évolutions ont un coût environnemental et sanitaire non négligeable pour le monde méditerranéen.
Enfin, la nouvelle donne climatique risque d’accroître les tensions migratoires entre les pays du nord et du sud de la Méditerranée. Avec l’irruption d’une figure du XXIème siècle : le réfugié climatique…
 

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