Comment des entrepreneurs deviennent-ils des profiteurs? (2ème partie)

Notamment de la crise en anticipant des pénuries, particulièrement celles des biens alimentaires. Elle est source de soucis sérieux pour tout gouvernement. Mais elle a ceci de particulier qu’elle ne se nourrit pas des apports de telle catégorie bien déterminée aussi dit-on seulement qu’elle est contraire à l’intérêt collectif et soulève l’indignation émotionnelle des citoyens. Elle est assimilée à l’intention de nuire par sa capacité à intervenir de façon décisive sur le devenir des choses et des personnes par l’intermédiaires des consommations offertes. La spéculation sur les matières premières agricoles, qui participe à la pénurie ou à la flambée des prix des biens alimentaires, est une VIOLATION MASSIVE du droit à l’alimentation.

De telles pratiques font alors appel à l’obligation contraignante de l’État pour réprimer plus durement, que ce que prévoit la loi, tout ce qui menace la sauvegarde de la société. Or, la règle n’est pas toujours strictement appliquée. Les jugements, peuvent avoir la souplesse que leur confère le pouvoir laissé au juge. Le formalisme des peines contre la spéculation s’en trouve tempéré et la part accordée aux circonstances atténuantes peut modifier le verdict.
Dans la hiérarchie des délits économiques et financiers, vivement combattus par Kaïs Saïed, figure en premier la spéculation sur les vivres. Elle représente pour lui l’acte immoral par excellence. Il en a fait d’ailleurs l’emblème de sa fonction. Autant que l’archétype d’une rhétorique quasi religieuse dans la croyance en une éthique binaire de la société. Et ce, en transformant la lutte contre cette pratique et ses acteurs en une croisade impitoyable des forces du bien contre les forces du mal.

Dans le bazar de la rationalité, l’économie de marché, dont chacun sait que le ressort est la recherche du profit, qui est l’accroissement de richesses résultant d’une activité économique, peine à trouver chez certains sa légitimité pleine et entière. 

Pour certains, il y a profit lorsque je m’enrichis de mon travail, de mon industrie. Dès lors, il se différencie ici de la richesse par son caractère dynamique.
Mais pour l’homme de la rue, tout enrichissement d’autrui est suspect. Si tel s’enrichit, c’est sûrement qu’il a commis quelque malhonnêteté. Et l’on se demande qu’est-ce qui justifie cet enrichissement, quelle en est la contrepartie. Car il ne saurait y avoir d’enrichissement sans cause.
Et dominant la foule des petits commerçants, de grands hommes d’affaires exploitent, sans vergogne, les possibilités de spéculation offertes. Et ce, par l’énorme ravitaillement des grandes villes, leurs liens avec l’administration et les hommes de pouvoir; ainsi que leurs liens avec leurs réseaux dans des pays étrangers.
Il s’avère que ce système de liberté de marché est incapable par lui-même de donner un sens à l’existence collective de nos sociétés. Si ce n’est de s’enrichir toujours davantage. C’est un système aveugle, car il ne donne aucune direction valable à long terme. Ces remarques critiques ne mènent pas pour autant à la conclusion que l’économie de marché doit être condamnée. Mais qu’elle doit être dépassée, car le « marché » ne se suffit pas à lui-même. En effet, il demande à être organisé, contrôlé et complété par des actions qui ne peuvent être que publiques.
D’où le triple rôle que l’on doit assigner à l’État dans l’économie:

  • Un rôle réglementaire et arbitral, pour fixer les règles du jeu et assurer leur respect.
  • Un rôle d’encadrement, pour assurer la stabilité de l’environnement économique et l’existence d’infrastructures adéquates.
  • Et enfin, un rôle correcteur, pour orienter l’économie vers des fins que le marché ne prend pas en compte spontanément. Ou pour assurer une certaine solidarité entre les citoyens par le biais de la redistribution des revenus à travers le système fiscal et la Sécurité sociale.

Mafia entrepreneuriale et laissez-faire économique

Pendant des décennies, les instances de répression et de contrôle de l’État étant défaillantes et complices, une mafia entrepreneuriale touchant à un nombre élevé d’activités a érigé son activité en système. Fortement structurée, profitant des opportunités d’enrichissement que fournit le laissez-faire économique, elle s’est insérée dans les appareils politiques et administratifs qui gèrent l’essentiel des ressources sociales du pays.
N’étant ni formelle, ni centralisée, ni hiérarchisée, une bande de trafiquants s’impose sous la forme de souverainetés autonomes et parfois concurrentes dans tous les secteurs de l’économie: médicaments; friperie; fruits et légumes; carburant de contrebande; contrefaçon; marchandises chinoises interdites à l’importation; évasion fiscale; transferts et blanchiment d’argent; passeurs d’immigrés clandestins; trafic de drogue; ainsi que dans la gestion des ports et les aéroports.
Toutes tirent parti de l’évolution du marché, accumulent argent et propriétés. De même qu’elles élargissent en permanence leurs domaines d’intervention et leurs réseaux de complicité. En opérant sans haine ni violence. Et comme disait le philosophe et économiste britannique, John Stuart Mill, « deviennent riches pendant leur sommeil ».

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