La grosse colère de Samir Majoul

Paraphrasant Noureddine Taboubi qui soulignait que dans le cadre de la lutte contre la spéculation, « il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac », Samir Majoul, le patron de L’UTICA, fustige à son tour « la campagne de diabolisation et de diffamation touchant les propriétaires des entreprises et entraînant leur lynchage sur les réseaux sociaux ».

Albert Einstein disait que deux choses sont infinies: l’Univers et la bêtise humaine. Et ce n’est pas Samir Majoul qui dirait le contraire. Vous voulez vérifier la véracité de cette célèbre citation? Il suffit de voir l’exemple de Zina Kochbati; une mère courage dont l’histoire a ému les Tunisiens jusqu’aux larmes.
Au président de la République qui vient de la recevoir avant-hier au palais de Carthage, elle raconte qu’étant veuve, elle subvient aux besoins de ses quatre enfants en vendant le pain traditionnel, “la Tabbouna”. Elle s’est retrouvée devant la justice pour une affaire d’un sac de semoule qui remonte à 2018. Pour quel motif? « Spéculation et détention de farine sans quittance ». Quatre ans plus tard, le juge a rendu, mardi 15 mars son verdict en la condamnant à payer une amende de 60 dinars. Au nom de la lutte contre la spéculation, bien entendu! Faut-il en rire ou en pleurer?

Nouveau cheval de bataille du Président

Lutte contre la corruption? C’est la dernière bataille engagée par Kaïs Saïed contre les spéculateurs qui dominent les circuits de distribution. Et qui, animés par la cupidité et le gain facile « complotent pour affamer les Tunisiens ». Dans le but évident, le chef de l’Etat en est fort convaincu, de remonter le peuple contre son œuvre de 25 juillet.
Pour rappel, au cours d’un entretien tenu, jeudi 10 mars, avec la cheffe du gouvernement Najla Bouden, le président de la République soulignait à propos de la campagne de contrôle économique « qu’il s’agit d’une politique d’Etat ». Car « personne n’est au-dessus de la loi », poursuivait-il.

Taboubi : « Ne pas mettre tout le monde dans le même sac »

Sauf que la louable initiative présidentielle- dont personne ne conteste la pertinence et le timing en ces temps de pénurie alimentaire que la Tunisie n’avait jamais connue même pendant la période du collectivisme et de la sécheresse sans précédent des années 60- des abus et des dépassements ont été constatés. Le tout dans une ambiance marquée par le zèle, l’excès et l’hystérie.
C’est ainsi que même le SG de l’UGTT, Noureddine Taboubi, lequel, critiquant les descentes parfois musclées dans le cadre de la campagne de lutte contre la spéculation et le monopole, tenait à préciser qu’il fallait « ne pas mettre tout le monde dans le même sac. Et faire la différence entre ceux qui stockent des aliments pour spéculer et ceux qui constituent des stocks de façon légale ».
« Il est nécessaire de faire la part des choses et distinguer ceux qui travaillent dans les circuits d’approvisionnement légaux des véritables spéculateurs ». Ainsi, martelait le patron de la centrale syndicale, lundi 14 mars, lors d’une déclaration médiatique. Et ce, en marge de la commémoration du 23ème anniversaire de la disparition de Habib Achour à Kerkennah.

Samir Majoul: halte au climat de diabolisation

Même son de cloche de la part de l’UTICA. Laquelle, tout en reconnaissant la nécessité de s’opposer aux spéculateurs, fustige les descentes sans discernement dans les dépôts et saisies de produits, « dans un climat de diabolisation ». Le tout ajouté « à une campagne de diffamation touchant les propriétaires des entreprises et entraînant leur lynchage sur les réseaux sociaux ».
En effet, dans un communiqué signé par Samir Majoul, mercredi 16 mars 2022, la centrale patronale est revenue sur la crise de l’approvisionnement. Et ce, pour dénoncer « les accusations et les descentes ayant visé certains sites de productions et distributions légaux. Dans la mesure où ces campagnes avaient porté atteinte à la réputation de l’entreprise économique et tout le secteur privé ».
« LUTICA déplore la forte dégradation du climat de confiance censé régner entre les pouvoirs publics et les acteurs de la chaîne de production et de distribution. Plus encore, elle met les autorités face à leurs responsabilités quant à l’acquittement des arriérés dus aux boulangers, laiteries, fabricants de produits alimentaires et raffineurs d’huiles végétales. Le tout compensé s’élevant à plus de 500 millions de dinars. Elle les invite également, ayant le monopole de l’importation de certains produits de base (blé, huiles végétales, etc.) à les fournir dans les délais impartis, à des quantités et des prix appropriés ». C’est ce que déclarait Samir Majoul, dans un communiqué.

Origine de la crise

Quelle est l’origine de la crise? Pour l’UTICA, le problème ne se situe pas au niveau de la production ou de l’approvisionnement. Mais aussi « dans le manque des produits de base importés par l’Etat par le biais de ses offices ».
En conclusion, une fois n’est pas coutume, les deux grandes organisations nationales, représentées par N. Taboubi et S. Majoul, sont arrivées à la même conclusion. A savoir qu’en politique, le gouvernement ne peut être jugé que par ses actions et non par ses bonnes intentions. A méditer.

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